QUINZAINE DE LUTTE CONTRE LA CULTURE DU MENSONGE, DE L’INJUSTICE ET DE L'IMPUNITÉ AU RWANDA (#5 Élimination des collaborateurs Hutus)

QUINZAINE DE LUTTE CONTRE LA CULTURE DU QUINZAINE DE LUTTE CONTRE LA CULTURE DU MENSONGE, DE L’INJUSTICE ET DE L’IMPUNITE AU RWANDA

"Le mensonge donne des fleurs, jamais des fruits"

Le 06 décembre 2014

#5 Elimination des collaborateurs Hutus

Quel est le sort d’un collaborateur HUTU qui devient inutile et gênant? Il est tout simplement éliminé, emprisonné ou forcé de s’exiler. L’impunité des criminels du FPR (Front Patriotique Rwandais) est assurée à ce prix là. Par leur présence facultative dans les institutions officielles sous le régime du FPR, les collaborateurs Hutus ont servi à tromper l’opinion nationale et internationale sur une prétendue collaboration ethnique sous l’égide d’un gouvernement d’Union Nationale qui n'a duré que 13 mois (du 19/07/1994 au 28/08/1995) dont le premier ministre était le Hutu Faustin TWAGIRAMUNGU. 

Cette présence a endormi le peuple rwandais et la communauté internationale sur les véritables intentions des vainqueurs issues de la rébellion tutsie du FPR. Pendant ce temps les meurtriers et autres tortionnaires du FPR ont continué à massacrer discrètement les populations Hutus sur tout le territoire conquis par le FPR. Seule la Mission humanitaire « Zone Turquoise » de l’armée française a permis de sauver de nombreuses vies humaines malgré la campagne de diabolisation dont cette opération fait l’objet jusqu’à ce jour.

Chaque fois qu’un collaborateur Hutu devenait gênant ou en savait un peu plus sur les meurtres de civils Hutus innocents, il était lui-même assassiné dans une embuscade tendue par les militaires du général Paul Kagame ou abattu à son domicile par des malfaiteurs « non identifiés ». Les officiels tutsis orientaient leurs soupçons vers les génocidaires Hutus qui revenaient de l’ex-Zaïre/RDC pour entretenir l’insécurité et se venger sur des « bons » Hutus qui collaborent avec le pouvoir « tutsi » du FPR. Les premières purges anti-Hutu ont continué jusqu’à la chute du gouvernement TWAGIRAMUNGU le 28 août 1995.

Ces purges et d’autres crimes systématiques orchestrés par les chefs militaires du FPR ont fait l’objet de plus de 700 lettres que l’ancien Ministre de l’Intérieur, Monsieur Seth SENDASHONGA, a adressées au Général Paul KAGAME alors Vice-président de la République, Ministre de la Défense et Homme fort du régime à cette époque.

Après la démission du Ministre Seth Sendashonga et du Premier Ministre Faustin Twagiramungu ainsi que le limogeage de plusieurs ministres Hutus (Alphonse Marie Nkubito du MiniJustice et Jean Baptiste Nkuliyingoma du MinINFOR), les chefs militaires ont nommé de véritables « Hutus de service » à la tête des ministères, à l’Armée et dans la police tout en continuant d’assassiner leurs collaborateurs Hutus. Surtout ceux qui étaient proches de la population. Ceux qui n’ont pas été tués, ont parfois été emprisonnes sous plusieurs prétextes ou ont eu la chance de fuir le pays avant de tomber dans les griffes des assassins de Paul Kagame en exil.

Commençons par l’assassinat des bourgmestres Hutus qui gênaient les tueurs à la solde du régime FPR dans les communes où les meurtres se multipliaient en toute impunité. Voici la liste non exhaustive des autorités locales assassinés à leurs postes de collaborateurs du régime :

SEPT BOURGMESTRES ont été assassinés entre Mars 1995 et Octobre 1996

Pendant que l’opinion publique nationale et internationale était tournée vers la guerre injustifiée entre le Rwanda et le Zaïre sous la couverture des “rebelles tutsi Banyamulenge”, les assassinats politiques des autorités locales et de détenus Hutus se poursuivaient à l’intérieur du Rwanda dans le cynisme et l’impunité totale.

Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR) a tenté d’enquêter sur l’assassinat ou la disparition de sept (6) bourgmestres Hutus et un bourgmestre tutsi (Mme Mukabaranga Judith, rescapée du génocide) qui furent la cible privilégiée des extrémistes, qui n’acceptaient pas que les autorités locales protègent la population.

1) En Mars 1995, le Bourgmestre de GIKORO, TWAHIRWA Néhémie (du parti MDR) fut porté disparu près du marché de Rugende en commune Gikoro (prefecture de Kigali-Rural).

2) Le Bourgmestre de GISHOMA (Cyangugu), Théophile RUBANGUKA, emprisonné arbitrairement en Novembre 1994, est mort mystérieusement à la prison de Cyangugu. Le Conseiller communal du Secteur Gisagara, qui le remplaça, fut assassiné en Mars 1995 par des tueurs non identifiés et apparemment insaisissables!

3) Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1995, le Bourgmestre de KANAMA (Gisenyi), Célestin SETAKO, son Conseiller communal du Secteur Kayove, Abraham Rukebesha, ainsi que plus de 110 paysans Hutu (des secteurs Bisizi et Kayove) furent massacrés par l’Armée Patriotique Rwandaise (APR), sous prétexte qu’un des leurs, le Lieutenant RURAZA J.Claude, avait été tué dans une embuscade tendue par des “éléments non identifiés”!

4) Dans la nuit du 10 au 11 mai 1996, le Bourgmestre de KARENGERA (Cyangugu), Mme MUKANDOLI Anne Marie, fut abattue de plusieurs balles chez elle par un élément en uniforme militaire. Une semaine plutard, dans la nuit du 18 au 19 mai 1996, le Bureau communal de Karengera fut attaqué et complètement incendié par des “individus armés non identifiés” qui auraient libéré 71 des 123 détenus du cachot communal.

5) Dimanche le 7 Juillet 1996 vers 18h30, le Bourgmestre de la commune RUSHASHI (Kigali-Rural), Vincent MUNYANDAMUTSA fut poignardé et tué à 300 mètres environ du Bureau communal et du Centre de négoce de Rushashi, où il venait de passer quelques moments de la soirée avant de rentrer chez lui à moto. Il fut tué à 3 km de son domicile. Ce jour-là, deux autres personnalités de Rushashi ont été tuées dans deux embuscades séparées: il s’agit du Chef du Parquet de Rushashi, le Substitut du Procureur Floribert HABINSHUTI et du Directeur de l’Ecole Secondaire de Rwankuba: Laurent BWANACYEYE. D’après les enquêtes de notre Centre et des autres enquêteurs des droits de l’homme au Rwanda, ces trois embuscades ont été tendues par des escadrons de la mort issus des milieux extrémistes tutsi, protégés par l’APR et ses services de renseignements militaires.

6) Dans la soirée du 11 Juillet 1996, le Bourgmestre de NYABIKENKE (Gitarama), Elie DUSABUMUREMYI est tombé dans une ambuscade de retour d’une réunion de pacification à la S/préfecture de Kiyumba (Gitarama). Il était allé convaincre les rescapés tutsi qui avaient fui leurs domiciles de rentrer chez eux car ils n’avaient rien à craindre. Mais le S/Préfet ne semblait pas de cet avis et l’avait réprimandé pour cette initiative. C’est en rentrant sur sa moto qu’il fut attaqué. Quand la population a voulu le secourir, elle a été refoulée à coups de fusil. A part les flaques de sang, le Bourgmestre et sa moto ont disparu.

7) Dans la nuit du 27 au 28 Octobre 1996, le Bourgmestre de NYAKABUYE (Cyangugu), Me. MUKABARANGA Judith, a été abattue chez elle de plusieurs balles par des malfaiteurs “non identifiés”. Le Bureau communal a été incendié en partie et tous les détenus se seraient évadés, d’après les responsables militaires et Radio-Rwanda. Toutes ces autorités locales ont été tuées parce qu’ils gênaient les militaires dans leur répression aveugle et meurtrière contre la population Hutu en général. CLIIR ignore s’il y a eu des enquêtes. S’il y en a, ce qui est sûr c’est qu’aucune d’elle n’a abouti jusqu’à présent.

L'assassinat de toutes ces personnalités importantes, présentées à juste titre comme des "témoins gênants du génocide rwandais" est une des nombreuses "opérations criminelles" du "pouvoir occulte" destinées à éliminer les démocrates, les autorités et opposants Hutus rescapés des massacres perpétrés par les deux blocs des extrémistes Hutu et Tutsi. Ces postes vacants seront distribués aux agents du "pouvoir occulte" qui a noyauté toutes les institutions de l'Etat. Rappelons que ces "rescapés Hutus" sont aussi "des TEMOINS gênants" des crimes du FPR susceptibles de "témoigner" lorsqu'une prochaine "Commission d'Enquête Indépendante Internationale" et/ou le Tribunal International viendront enquêter sur les crimes des extrémistes tutsis du Front Patriotique Rwandais (FPR).

 

Voici la liste de quelques autres personnalités Hutus assassinées dans les mêmes circonstances et dont les enquêtes judiciaires n'ont jamais été initiées ou n'ont pas abouti:

1  Le Préfet de Butare, Pierre Claver RWANGABO, a été assassiné près de Butare dans la nuit du 4 au 5 mars 1995 avec son fils ainé et son chauffeur. Curieusement son escorte, un jeune militaire Tutsi, a survécu avec une légère blessure au bras. Il rentrait de Kigali où il avait été reçu par le Ministre de l’Intérieur, Seth SENDASHONGA, qui fut tué le 16 mai 1998 à Naïrobi.

2.      Le S/Préfet de Ruhango, KOLONI Placide, a été assassiné et brûlé avec sa femme, ses 2 filles et sa domestique dans la nuit du 27 au 28/07/95 vers 22h alors qu'il habitait près d'un campement de l'APR.

3.      Le S/Préfet de Gikongoro Oreste HABINSHUTI fut tué le 01/08/95.

4.   Le S/Préfet SEBAHUNDE Maurice de Ngororero (ancienne préfecture Gisenyi) a été assassiné le 16 mai 1997 à 14h à environ 10 Km de Muramba, avec deux de ses collaborateurs, par des éléments armés qui avaient érigé une barrière sur la route menant à Ramba d’où ils revenaient. Son grand frère, M. BURASANZWE Emmanuel, qui était à cette époque responsable du Service de l’Environnement à Gisenyi, a quitté son domicile le 10 août 1997 vers 9h pour aller à l’enterrement de son ami, le commerçant MUNYEMPAME François, tué dans le massacre du 8 août 1997au marché de Mahoko. A mi-chemin vers Mahoko, il a rencontré des militaires de l’APR qui lui ont dit qu’il était recherché à la commune Kanama. Accompagné de ces militaires, il est parti pour ne plus revenir à la maison. M. Burasanzwe fut directeur de la prison de Gisenyi en 1995 après la prise de pouvoir par le FPR. Tous les deux frères sont apparentés au Colonel Lizinde Théoneste, député Hutu du régime FPR assassiné lui-même à Naïrobi au Kenya le 6 octobre 1996.

5.      Le député Théoneste LIZINDE, ancien colonel Hutu des ex-Forces Armées Rwandaises, FAR, a été assassiné le 06 octobre 1996 à Naïrobi au Kenya, après avoir été enlevé de chez lui alors qu’il recevait la visite de son meilleur ami, le commerçant Hutu BUGIRIMFURA Augustin, lui aussi retrouvé mort dans la banlieue de Naïrobi.

6.      Le député BURAKALI Evariste fut tué dans la soirée du 16 janvier 1997 vers 21h au centre de négoce de Rutare dans la commune RUTARE, préfecture Byumba, par le S/Lieutenant KABERA accompagné de deux autres militaires et d’une personne en tenue civile. Le député partageait un verre de bière avec le Bourgmestre et l’Assistant Bourgmestre de Rutare. Le S/Lt Kabera est entré dans la boutique et blessé la vendeuse avec une bouteille de limonade qu’il venait d’acheter. Le député et ces autorités locales ont conduit la blessée au dispensaire situé à 500 mètres de la Boutique. Le S/Lt Kabera a pris le fusil de son garde de corps et les a suivi à pieds. A travers la porte, il a jeté un coup d’oeil dans la salle des pansements. Il a contourné le dispensaire, s’est posté derrière la fenêtre puis a tiré 3 balles sans sommation sur le député Burakali. Blessé au niveau de l’épaule et la jambe droite, le député Burakali est décédé à l’Hôpital Roi Fayçal à 2h25 du matin. C’était un rescapé tutsi modéré et membre du Parti Libéral, lequel parti a été récupéré de force par le président rwandais Kagame.

Il est clair que la notion d’unité nationale doit être revue pour que le peuple puisse se tracer un nouveau chemin qui le mènera vers une véritable solidarité susceptible de conduire à la paix et à la prospérité. L’unité doit être une réalité des uns et des autres et vice versa, et non tout simplement une réalité d’un seul groupe contre les autres grâce à sa force militaire.

 

Fait à Bruxelles, le 06/12/2014

Joseph MATATA, Coordinateur du CLIIR