QUINZAINE DE LUTTE CONTRE LA CULTURE DU MENSONGE, DE L’INJUSTICE ET DE L'IMPUNITÉ AU RWANDA (#11 Extermination de l'intelligentsia Hutu)

QUINZAINE DE LUTTE CONTRE LA CULTURE DU MENSONGE, DE L’INJUSTICE ET DE L’IMPUNITE AU RWANDA

"Le mensonge donne des fleurs, jamais des fruits"

Le 12 décembre 2014

#11 Extermination de l’Intelligentsia Hutu

Les chefs militaires Tutsis du Front Patriotique Rwandais (FPR) n’ont jamais caché leur volonté d’éliminer et de réduire significativement le nombre des Hutus du Rwanda estimé à 85% de la population rwandaise. Les différents discours belliqueux du chef de l’Etat Rwandais, le Général Paul Kagame sont clairs : le 31/03/2003 à Bwisige, il a promis à ceux qui croient avoir beaucoup de maïs et de sorgho qu’il a des machines capables de les « moudre ». Et qu’il est prêt à « blesser »  tous ceux qui n’épousent pas sa politique dictatoriale.

La planification d’éliminer les Hutus est décrite dans les preuves n°10 et 11 citées à la P.20 du Mémorandum intitulé « Génocide, le peuple rwandais crie justice : Plaidoyer pour une enquête globale, objective et impartiale sur le génocide rwandais et ses conséquences ». Ce Mémorandum, adressé au Conseil de Sécurité de l’ONU en février 2008 par une fédération dénommée « Partenariat Intwali » et composée de trois partis politiques d’opposition, a dévoilé le projet d’extermination des Hutus non seulement au Rwanda mais aussi dans la Région de l’Afrique des Grands Lacs (RAGL).

Cette extermination y est décrite comme suit :

« Museveni avait toujours considéré les Hutu comme des «ennemis régionaux» et leur chef de file supposé être Juvénal Habyarimana (Président Hutu du Rwanda) comme l'obstacle majeur aux desseins de la «guerre de libération régionale». Un document ultra confidentiel décrit la situation en ces termes : «President Y.K. Museveni accepts all reports and plans. Before War starts J. Habyarimana should be killed as this will act as an immediate sparking force to the political disorder. More alternatives provided to accomplish assassination mission” [Preuve n°010]. «First Battalion of Lubiri Army Barracks under Capt. Kiyinyi will have to lead the assault on Rwandese territory with special artillery and gunships. No opposite tribe (Hutus) should be left on ground as this should be highly maintained. Hutus are regional enemies as expressed by liberation leader Y.K. Museveni under special agreements refer to Rwagitura meet enhanced by Major Paul Kagame, strictly special techniques to be embarked on in order not to attract international attention» [Preuve n°011].

Dans la version française de son livre intitulé « PIRE que la GUERRE : Massacres et Génocide au XXème siècle » et publié aux éditions FAYARD en octobre 2012, M. Daniel Jonah GOLDHAGEN[1] explique les cinq principales formes d’extermination : transformation, répression, expulsion, interdiction de reproduction ou extermination. En suivant ce lien pdf , vous découvrirez comment le régime du FPR utilise les mêmes formes d’extermination contre les populations Hutu du Rwanda depuis 24 ans déjà.

Selon le chercheur suisse, Grégoire DURUZ[2], le calvaire des Hutus et l’élimination des Intellectuels Hutus renvoient à quatre phases des grands massacres, des meurtres sélectifs et des assassinats politiques

Elles s’étendent de 1990 à 1999 soit 9 ans:

1.      Les violences infligées aux populations avant le génocide de 1994 couvrent la période de 1990 à 1994. Elles auraient fait plus de 40.000 victimes Hutus et Tutsis et environ 1.000.000 de déplacés Hutu. Ces déplacés Hutus se sont concentrés dans les camps proches de la capitale Kigali (NYACYONGA, RUTONGO, MUGAMBAZI, etc.). 

2.      Les massacres contre tous les habitants du Rwanda en 1994 couvrent les 100 jours du génocide et les mois qui suivirent jusqu’à la prise du pouvoir le 19/07/1994. 

3. Les massacres et assassinats sélectifs continueront durant les années d’installation du FPR au pouvoir (dès juillet 1994) et vont se poursuivre pendant l’invasion de la République Démocratique du Congo (RDC) et le démantèlement des camps de réfugiés Hutus. Ils seront suivi d’une chasse aux réfugiés sur 2000 km jusqu’à Mbandaka en RDC dans les années 1994-1996.

4.   Les massacres se poursuivront au Rwanda tout au long de la guerre des « infiltrés » Hutus dans les années 1996 à 1999.

Dans son livre publié en octobre 2005 aux éditions Panorama et intitulé « Rwanda : Histoire secrète », Abdul Joshua Ruzibiza, un ancien militaire tutsi de l’armée du FPR, reconnaît que son armée a mené la chasse aux intellectuels et à l’intelligentsia Hutu dans la ville de Kigali à partir du 13 avril 1994

(…) « L’autre tâche, accomplie par le 3è bataillon, la DMI et les extrémistes du FPR, a été la sélection et l’enlèvement de Hutus partout où ils étaient faits prisonniers par l’APR dans la ville de Kigali. Ils étaient raflés pour être liquidés par la suite. Cette tâche a été accomplie par des gens qui connaissaient bien la ville de Kigali et par les politiciens protégés par le FPR. C’est le capitaine Charles KARAMBA, le capitaine Jean Damascène SEKAMANA, le sergent Deus KAGIRANEZA et les autres agents de renseignement qui ont établi des listes de Hutus à tuer sous le prétexte qu’ils étaient des Hutus instruits ou avaient des familles influentes. La tâche était facile parce qu’ils prenaient des renseignements auprès des familles tutsies réfugiées au CND ou au stade Amahoro à Remera » (…).

Un survivant Hutu, M. Théo témoigne devant le CLIIR : « Les attaques semblables ont été très fréquentes chaque fois qu’une position militaire s’était battue contre les infiltrés. Cependant, après les affrontements, les militaires s’attaquaient aux villages et tuaient des civils non armés, sans discernement et sans pitié en guise de représailles. C’est ce genre de crimes contre l’humanité qui sont aussi graves que les crimes de génocide d’autant plus qu’ils visaient des paysans Hutus, femmes, enfants, vieillards, handicapés, tous confondus.

 Toutes les fois, les familles des personnes dites « intellectuelles » étaient les principales cibles. Pour cette raison, les familles des enseignants des agronomes et des membres du personnel médical de notre région ont beaucoup souffert pendant toute la durée des attaques. Cela est attesté par le fait que leurs maisons étaient incendiées de telle sorte que les survivants de leurs familles se sont retrouvés dans des ruines, sans abri, tous leurs biens étant partis en fumée.  Les amis et collègues de mon père, des petits commerçants, des enseignants ont assassinés pendants cette chasse à l’homme».

Le témoignage d’une survivante, Marie France, dans le livre de Grégoire DURUZ décrit l’élimination des familles « éduquées » pendant la guerre dite des « infiltrés » Hutus.

Cette prétendue guerre donna le prétexte à l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) de commettre des massacres sur les civils innocents.

Marie France est âgée de 45 ans aujourd’hui. Désespérée, elle finira par s’enrôler dans la rébellion hutue. Elle raconte le calvaire des paysans et des intellectuels de sa région de Ruhengeri à la p.192) :

(…) Tous les membres de ma famille furent tués à bout portant : ma grande sœur, ma petite sœur, mon père, ma belle mère, un autre petit frère. Toute ma famille exceptée ma grande sœur chez laquelle j’étais à ce moment, moi-même et mon plus jeune frère, âgé de six ans à l’époque, qui s’était caché et qui a tout vu. L’armée avait clairement l’intention d’éliminer les familles « éduquées ». Deux autres en plus de la mienne furent ciblées ce jour-là. Informée du drame, je suis immédiatement rentrée chez moi. A pied. (…) Je suis arrivée sur les lieux le lendemain. Des voisins s’étaient mis à creuser, en vitesse, une tombe commune après le départ des Inkotanyi. J’ai pu pénétrer dans la maison et y trouver les corps qui n’avaient pas été enlevés. Mon petit frère rescapé était avec moi. Nous avons ensuite procédé à l’enterrement des corps dans la hâte. Il ne fallait pas traîner. D’ailleurs, juste après l’enterrement, vers 11 heures, il y eut une nouvelle fouille de l’armée et nous dûmes fuir une nouvelle fois. Après deux jours passés avec mon petit frère, je le fis mener à ma grande sœur pour garantir sa sécurité.

Vers 1998, la situation a encore empiré. L’armée cherchait à éliminer tous les survivants des familles assassinées, de même que tout jeune homme en âge de combattre. Un vendredi du mois de février 1998, j’ai décidé de rejoindre le front des Abacengezi (infiltrés). Notre village avait subi une énième fouille où une multitude de gens avait encore péri par centaines, enfants et mamans inclus. J’avais de toute manière suspendu mes études suite à la mort de mes parents ; je n’avais plus rien à perdre. Nous fûmes environ deux cents à courir à travers la forêt, en direction des volcans pour rejoindre le maquis. Certains furent rattrapés et exécutés. J’ai pour ma part réussi à me faire recruter par les rebelles, ai suivi une formation militaire de base dans la forêt, toujours sur le territoire rwandais, puis j’ai gagné le Congo voisin deux mois après mon enrôlement. A ce moment, les Abacengezi avaient été défaits durant leur opération « Oracle du Seigneur » et tous les combattants se repliaient au Congo. J’ai vécu plusieurs années au sein de la rébellion, transitant successivement par les territoires de Masisi, Rutshuru, Walikale, Shabunda, Kilembwe. (…)

Les massacres contre les réfugiés et les intellectuels Hutus s’étendent en RD Congo :

Voici un des nombreux témoignages sur les massacres de réfugiés rwandais Hutu dans les forêts congolaises (ex-Zaïre). Il y avait beaucoup d’intellectuels dans les camps en RDC. Voici un extrait du témoignage de Monsieur Maurice NIWESE tiré de son livre intitulé « Le peuple rwandais, un pied dans la tombe, récit d’un réfugié étudiant » et édité dans la Collection « Mémoires Africaines » chez l’Harmattan en 2001 ; pages 159 à 162. Chapitre 9 : Kasese, 22 avril 1997 : ce qui nous attendait.

Tout au long des témoignages nombreux et crédibles ci-haut rapportés, nous avons démontré la volonté des militaires rwandais d’éliminer partout au Rwanda et dans le monde, les intellectuels Hutus souvent avec leurs femmes et leurs enfants, parents et connaissances.

D’autres politiques visant à anéantir les intellectuels Hutus ont été relevés au Rwanda :

-    Les licenciements massifs d’enseignants Hutus francophones visant à les appauvrir avant de les traduire devant les tribunaux GACACA ou de les emprisonner arbitrairement pendant de longues années. Les cas les plus illustratifs concernent : 

Ø  le professeur RUNYINYA Barabwiriza,

Ø  le professeur Faustin KIGABO,

Ø  le professeur Bernard MUTWEWINGABO,

Ø  le médecin Pascal HABARUGIRA,

Ø  le médecin Martin KAGERUKA,

Ø  le médecin Aloys BIGIRANKANA(…),

Ø  le prêtre Emmanuel NTULIYE,

Ø  le prêtre Laurent Ndagijimana

Ø  le prêtre Joseph Ndagijimana (…),

Ø  la Sœur Théopista MUKAKIBIBI,

Ø  les journalistes UWIMANA Agnès et SAYIDATI, etc…

-   Les emprisonnements arbitraires ont souvent visés des intellectuels, des commerçants ou des anciens dignitaires et/ou anciens fonctionnaires Hutus de l’Etat.

-   La suppression de la langue française comme langue de travail pour les intellectuels francophones fut une stratégie de les exclure du marché du travail.

-          La chasse aux intellectuels Hutus continue en Europe et ailleurs dans le monde. Rien ne semble pouvoir l’arrêter car des lobbies du Président Kagame le soutiennent dans ses politiques criminelles visant des réfugiés Hutus accusés de crime de génocide à tort ou à raison. Sous prétexte de poursuivre les présumés génocidaires, le régime du FPR intensifie sa chasse et ses persécutions contre l’Intelligentsia Hutu.

Personne ne connaîtra le nombre d’intellectuels Hutus morts en prison: enseignants, médecins, magistrats, anciens dignitaires et fonctionnaires Hutus, commerçants et boutiquiers, anciens policiers et militaires Hutus, etc.

La prison constitue une autre forme de mise à mort pratiquée à l’encontre des milliers d’intellectuels Hutu qui ont survécu aux massacres, aux meurtres sélectifs et aux assassinats politiques commis par les militaires Tutsis du président Paul Kagame ; comme en témoigne les extraits des comptes rendus des deux Rapporteurs spéciaux pour le compte du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH) tels qu’ils ont été consignés dans le livre de Grégoire DURUZ.

 

Fait à Bruxelles, le 12/12/2014

Joseph MATATA, Coordinateur du CLIIR

 


[1] Monsieur Daniel Jonah GOLDHAGEN décrit les cinq principales formes d’élimination dans son livre intitulé « PIRE que la GUERRE : Massacres et Génocide au XXème siècle »  publié aux éditions FAYARD en octobre 2012, dans les pages 26 à 35.

[2] Monsieur Grégoire DURUZ est un chercheur Suisse. Il vient de publié chez l’Editeur Yvelin édition en avril 2014 le résultat de ses 4 ans recherches sur le conflit rwandais dans un livre intitulé « Par-delà le Génocide : Dix-sept récits contre l’effacement de l’histoire au Rwanda ».