Mémo-1998 - Rwanda-RDC : Alerte aux USA sur un «génocide»

MEMORANDUM adressé au Gouvernement et au Congrès américains le 3 juillet 1998

Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda a déjà écrit plusieurs lettres aux différents responsables américains ou représentants des États-Unis depuis 1996. Jusqu’à présent, il n’a enregistré aucune réaction comme si la vie des centaines de milliers de rwandais ne comptait pas pour l’humanité. Rappelons la correspondance y relative :

- Le 18 décembre 1996, le Centre a écrit au Président des États-Unis d’Amérique, Monsieur Bill CLINTON, pour dénoncer “l’imminence d’un génocide” que les extrémistes tutsis s’apprêtaient à commettre après le retour des réfugiés hutus du Zaïre et de la Tanzanie.

- Le 17 Septembre 1997, le Centre a organisé une manifestation pacifique devant l’Ambassade des USA pour protester contre le soutien politique et militaire aveugle des USA au régime militaro-ethniste de Kigali. A cette occasion, un mémorandum au Gouvernement et au Congrès américains ainsi qu’une lettre au Président Bill CLINTON ont été remis au représentant de l’Ambassadeur américain à Bruxelles.

- Le 20 février 1998, le Centre a envoyé une lettre à Madame Madeleine ALBRIGHT, Secrétaire d'État, pour attirer son attention sur le plan d’attaque du Kivu et de massacres des populations civiles par les armées rwandaises, burundaises, ougandaises et congolaises.

- Le 29 mai 1998, le Centre a organisé une manifestation pacifique devant l’Ambassade des USA pour:

  • demander au Gouvernement américain de garantir le maintien et le mandat de la Mission des droits de l’homme des Nations-Unies sur le terrain au Rwanda (HRFOR);

  • attirer son attention sur les actes de génocide et les multiples violations des droits humains qui se commettent au Rwanda;

  • demander que l’exportation du terrorisme par le régime rwandais soit combattue au même titre que le sont les autres groupes terroristes;

En septembre 1997, la presse américaine et internationale dénonçait la responsabilité de l’Armée américaine et du Pentagone dans la formation et l’entraînement des militaires de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR). Bien que le Pentagone assurait que cette formation couvrait aussi la formation sur les droits de l’homme, l’APR n’a jamais cessé de massacrer des milliers de civils hutus sous prétexte de faire la chasse aux “infiltrés hutus”. L’utilisation de cette “formule d’infiltrés hutus” avait beaucoup servi dans l’extermination de la population masculine dans la partie Est du Rwanda depuis le Nord jusqu’au Sud-Est en passant par le centre. Les intellectuels hutus qui n’ont pas été massacrés, constituent une grande proportion de plus de 130.000 prisonniers rwandais détenus dans plus de 200 prisons et cachots communaux. La plupart sont qualifiés de “prisonniers politiques” car sans dossiers!

Actuellement ce sont les populations civiles du Nord-Ouest du Rwanda (dans les préfectures de GISENYI et RUHENGERI) et au Centre du pays (dans la préfecture de GITARAMA) qui sont décimées par une Armée monoéthnique, utilisée et intoxiquée par les extrémistes tutsis, entraînée par des instructeurs américains et suréquipée par l’Afrique du Sud.

1) Les États-Unis d’Amérique doivent garantir le respect des Institutions, des Commissions d’Enquête, des Rapporteurs spéciaux et des Missions d’observation des Nations-Unies au Rwanda et en République Démocratique du Congo, comme ils l’ont fait en IRAK.

Depuis le 8 mai 1998 jusqu’aujourd’hui, les travaux de la Mission du Haut Commissariat des Nations-Unies aux Droits de l’Homme au Rwanda (HRFOR) ont été suspendus par les autorités rwandaises afin de la forcer à changer son mandat actuel.

Le Ministre rwandais des Affaires Etrangères, Gasana Anastase a averti sans équivoque que « La Mission des droits de l’homme des Nations Unies sur le terrain au Rwanda (HRFOR) sera fermée si le gouvernement rwandais et la Mission ne trouvent pas un accord d’ici au 27 juillet 1998.

Une note verbale du Ministère rwandais des Affaires étrangères a été transmise aux responsables du HRFOR mardi 30 juin 1998 pour informer les responsables de l’HRFOR de cette décision. La HRFOR « doit changer son mandat » si elle veut reprendre le travail, avait déclaré le 20 mai dernier le Ministre rwandais des Affaires Etrangères, Anastase GASANA.

« Mais ce que nous demandons avant tout au HRFOR, c’est de nous permettre d’avoir notre propre capacité en matière de Droits de l’Homme, et l’on ne voit pas pourquoi l’ONU refuserait cela » a-t-il ajouté. Il a ensuite déclaré « nous avons le droit de demander des comptes à l’ONU, tout comme nous devons justifier à la population rwandaise, l’utilité de cette mission ici. Le HRFOR doit être respectueux de notre souveraineté. Ce que nous voulons, c’est entamer une deuxième phase de collaboration avec l’HRFOR, nous avons besoin de formateurs des droits de l’homme plus que de MONITEURS ».

Cette décision du Gouvernement rwandais est tombée au moment où le Secrétaire Général des Nations-Unies, Mr KOFI Annan, était en visite officielle au Rwanda.

Par ailleurs, le gouvernement rwandais avait expulsé peu de temps après le porte-parole du HRFOR, José-Luis HERERO.

Bien que le porte-parole du Président rwandais avait assuré que la HRFOR « restera au Rwanda et que son avenir y est assuré », il est maintenant clair que le souci du gouvernement rwandais reste le même : « continuer le génocide en cours sans témoins gênants »

Depuis la victoire du FPR, le régime rwandais a défié la communauté internationale et refusé de collaborer avec l’ONU à plusieurs reprises déjà :

- A partir du 8 mars jusqu’au 19 avril 1996, le régime de Kigali a réussi à mettre fin à la Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR II) par des manifestations hostiles, etc...

- Depuis Octobre 1996, l’APR a attaqué l’ex-Zaïre et massacré des réfugiés rwandais et burundais vivant sous la protection du Haut Commissariat des Nations-Unies aux Réfugiés;

- Le 11 janvier 1997, quatre observateurs de l’ONU ont été battus en commune Giciye (au nord-ouest) par des éléments déguisés de l’APR. Cela a provoqué le retrait de l’HRFOR de la préfecture Gisenyi. L’assassinat du 18 janvier 1997, à Ruhengeri, de trois espagnols employés de Médecins du Monde a poussé tous les témoins gênants étrangers à se rassembler à Kigali.

- Le 4 février 1997, deux observateurs étrangers de l’ONU et leur trois collaborateurs rwandais ont été tués dans une embuscade en commune Karengera-Cyangugu (au sud-ouest);

- En mai 1997, le régime a réussi à faire supprimer le poste de Rapporteur Spécial de l’ONU pour le Rwanda au moment où les massacres de l’APR prenaient une ampleur génocidaire;

- Depuis octobre 1997, la mission d’HRFOR n’arrive plus à se rendre dans le Nord-ouest

- En avril 1998 au Congo-Kinshasa, le régime de Kabila a provoqué le retrait de la Commission d’enquête de l’ONU sur les massacres des réfugiés rwandais au Kivu par l’APR

Il n’y a aucun doute que les commandants de l’Armée ont ordonné au gouvernement rwandais de poser des conditions susceptibles de provoquer un « retrait forcé et rapide » car l’APR a décidé de massacrer la majorité des hutus avant la fin de 1998.

Lorsque le Président de l'Irak voulait entraver les enquêtes de l’ONU, les USA ont menacé d’attaquer et de bombarder le pays si l'Irak ne respectait pas la résolution de l’ONU. Si le Secrétaire Général de l’ONU, Koffi Annan, n’avait pas réussi à résoudre la crise IRAK-ONU, peut-être que des milliers de civils irakiens auraient été massacrés, sous prétexte de faire respecter les résolutions de l’ONU. Aujourd’hui, le Centre demande que les USA fasse respecter les Institutions et les Représentants de l’ONU au Rwanda comme en Irak.

2) Les États-Unis doivent garantir la publication intégrale du Rapport de l’ONU sur le génocide des réfugiés hutu dans l’ex-Zaïre et obliger ses alliés rwandais et congolais à traduire en justice les coupables:

L’attaque et l’extermination des réfugiés rwandais hutu de l’Est du Congo-Zaïre par les troupes rwandaises, burundaises, ougandaises et banyamulenge procédait d’une stratégie planifiée, à en croire les déclarations des officiels rwandais.

La première en date fut celle du Ministre Jacques BIHOZAGARA, le 1er juillet 1995 à l’Ambassade du Rwanda à Bruxelles, lorsqu’il disait que la prochaine guerre aurait lieu au Zaïre. Dans la foulée, le Général KAGAME déclarait que si «les filous ne rentrent pas, ils seraient retrouvés là où ils sont». A son tour, le Premier Ministre rwandais, Pierre Célestin RWIGEMA, invitait le 16 avril 1996 les rwandophones déplacés par les tensions inter-ethniques du Nord-Kivu à prendre les armes contre le Zaïre. Le Président de la République Pasteur BIZIMUNGU, dans son discours du 10 octobre 1996 à Cyangugu au sud-ouest du Rwanda, a invité les réfugiés banyamulenge à « donner une leçon de savoir-vivre » aux zaïrois qui contestaient leur nationalité.

On connaît la suite : Avec parfois l’aide logistique du HCR les troupes rwandaises, burundaises et ougandaises envahissent le Zaïre en septembre-octobre 1996. Les camps de réfugiés rwandais et burundais sont démantelés et les réfugiés exterminés. Une petite partie fut rapatriée de force. Les autres s’engouffrent dans la jungle zaïroise où ils succombent suite à la faim, à la maladie et aux intempéries. Les survivants sont poursuivis et exterminés par les troupes rwandaises à travers tout le Congo-Zaïre jusqu’à la frontière du Congo-Brazzaville et à MBANDAKA. Pendant que les réfugiés rwandais étaient pourchassés dans la région de MBANDAKA, le HCR offrait une prime de recherche de dix (10) dollars US par réfugié rwandais débusqué par des congolais. Ainsi les réfugiés retrouvés étaient rapatriés de force au Rwanda par des avions affrétés par le HCR. Même les réfugiés hutu, qui sont arrivés vivants au Rwanda, ont été acheminés et isolés dans le camp de RUNDA à une dizaine de kilomètres de la Capitale Kigali. Comme rescapés du génocide de réfugiés hutu dans l’ex-Zaïre, plusieurs d’entre-eux, surtout des intellectuels, sont aujourd’hui portés disparus.

Devant le caractère génocidaire de cette opération criminelle, les Nations-Unies ont mis en place une Commission d’enquête dont les travaux ont été entravés par le nouveau régime congolais.

Les aveux du Général Paul KAGAME sur l’implication directe de son armée surviendront le 9 juillet 1997 au Washington Post. Ils ont été ensuite répétés à la presse sud-africaine. Suite à de nombreux rapports des ONG et au Rapport de trois experts de l’ONU conduits par le célèbre Rapporteur Spécial de l’ONU pour le Zaïre, Roberto GARRETON, l’ONU et deux organisations des droits humains (l’une canadienne et l’autre congolaise) ont créé deux commissions d’enquête sur les graves violations des droits humains commises pendant la guerre.

a) Le Rapport de la Commission d’enquête de l’ONU accuse le Président KABILA et ses alliés rwandais d’avoir procédé à des actes génocidaires sur les réfugiés hutu :

Depuis le 24 août 1997, la Commission d’enquête de l’ONU a commencé l’enquête sur les massacres des réfugiés hutu dans l’ex-Zaïre. Elle n’a pas pu la terminer suite aux nombreux obstacles générés par les régimes de Kinshasa et de Kigali.

D’après le Washington Post de mardi le 2 juin 1998, les autorités onusiennes étaient divisées sur le fait de publier le rapport dans sa forme originale. Quelques officiels de l’ONU ont invoqué les intérêts dans la stabilité politique en Afrique Centrale, défendant l’idée d’adoucir ce rapport ou de le supprimer en guise d’effort pour gagner plus de confiance chez Laurent Kabila. Le Secrétaire Général de l’ONU, Kofi Annan avait rappelé l’équipe d’investigation après que les tracasseries du gouvernement de Kabila sur le personnel de l’ONU aient rendu impossible la poursuite des enquêtes. Parmi les avis de ses trois principaux collaborateurs, le Centre a retenu celui de Mme Mary ROBINSON, Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme qui estimait que le rapport ne devrait être soumis à aucune censure. Par contre le Centre de Lutte contre l’Impunité désapprouve l’avis des officiels onusiens qui pensaient « qu’une telle ligne de conduite mettrait en péril le régime de KABILA sans en retirer un quelconque intérêt politique ». Le Centre est heureux que leur idée, qui consistait à pousser Mr Kofi Annan à supprimer ce rapport ou à le publier dans une autre version qui exclue tous les aspects mettant en cause KABILA, ait avorté.

D’après le Monde du Jeudi 2 juillet 1998, le Rapport de l’ONU, publié ce mardi 30 juin 1998, a suscité la colère de nombreux Africains et la gêne des puissances occidentales qui, en tant que membre du Conseil de Sécurité de l’ONU, vont être obligées de se prononcer. Les conclusions des enquêteurs sont particulièrement gênantes pour les États-Unis qui entretiennent des « relations étroites avec Kigali. Le rapport serait « encombrant » aussi pour le Secrétaire Général Kofi ANNAN, accusé par des pays africains de s’être « trompé de priorité » en créant la mission d’enquête en 1997 et d’avoir « trahi son frère KABILA ».

Rédigé en mai 1998, le compte rendu de ce rapport est accompagné des réponses des gouvernements de KINSHASA et KIGALI.

- Selon Kinshasa, le rapport de l’ONU n’est qu’un « complot médiatique de grande envergure » mené par des organisations non gouvernementales. Dans une lettre adressée au Conseil de Sécurité de l’ONU, le gouvernement du Congo Kinshasa estime que le rapport vise à « camoufler les responsabilités des puissances impliquées dans le génocide rwandais, notamment la France ». Les rumeurs collectées, estime l’Ambassadeur congolais à l’ONU, sont basées « sur des échantillons trop faibles pour être statistiquement fiables ». Les conclusions de l’enquête sont pour Kinshasa, « une tentative de remise en cause de la stabilité politique dans la région des grands lacs ».

- Pour KIGALI, le rapport de l’ONU est « incomplet, partial et fallacieux ». Dans sa lettre au Conseil de Sécurité, le gouvernement rwandais affirme n’avoir « rien à se reprocher ». « Le gouvernement rwandais est indigné par ce que le rapport insinue » sur le rôle joué par ses soldats.

- Pour Mr Kofi ANNAN, il a demandé dans sa lettre au Conseil de Sécurité « un engagement critique ». « Les tueries auxquelles se sont livrées l’AFDL (l’armée de Kabila) et ses alliés, y compris des éléments de l’Armée rwandaise, constituent des crimes contre l’humanité », écrit-il, soulignant que des enquêteurs « pensent que certains éléments peuvent constituer des actes de génocide, selon l’intention qui les motivait ».

Toutefois il est incompréhensible que Kofi Annan ne recommande cependant pas des mesures punitives et insiste même sur « la nécessité de consolider la fragile stabilité de la région ». Si la Communauté internationale tourne le dos aux pays concernés, estime-t-il, « elle commettrait une grave erreur ». Admettant que toute la vérité n’a pas pu être établie, le rapport laisse la porte ouverte à d’autres investigations que le Gouvernement de Kinshasa continuera à entraver..

Ce rapport cite par exemple qu’en mai 1997, « des centaines de Hutus rwandais non armés ont été massacrés à MBANDAKA et WENDJI par des soldats de l’AFDL, qui se trouvaient apparemment sous le commandement effectif de l’Armée rwandaise ». Ces corps ont été retirés d’une fosse commune par les enquêteurs de l’ONU.

Le rapport de cette Commission affirme tout de même que les circonstances des attaques, comme le démantèlement militaire des camps « révèlent l’intention d’éliminer les réfugiés rwandais restés au Zaïre ». Ce Rapport de l’ONU, étayé par des preuves solides revient sur la traque des Hutus rwandais durant la conquête de l’ex-Zaïre par Mr KABILA de l’automne 1996 au printemps 1997. Il évoque des crimes contre l’humanité. Certaines épisodes d’attaques contre des réfugiés, perpétrées par les troupes de Mr KABILA, appuyée par l’Armée rwandaise, pouvant être qualifiés « d’actes de génocide ».

Le rapport ne donne pas de chiffres sur l’étendue des massacres mais le Rapporteur de la Commission des droits de l’homme pour l’ex-Zaïre, Roberto GARRETTON, affirme que 150.000 à 180.000 personnes ont été tuées, en six mois, lors de la conquête de l’ex-Zaïre.

b) Le rapport de la Commission Internationale non gouvernementale accuse aussi l’Alliance de KABILA et ses alliés de l’Armée rwandaise :

La Commission Internationale non gouvernementale, constituée par le Centre International des Droits de la Personne et du Développement Démocratique (CIDPDD) et l’Association Africaine pour la Défense des droits de l’Homme en République Démocratique du Congo (ASADHO) a sorti son rapport en Juin 1998.

Initiée en novembre 1997 pour enquêter sur des violations des droits humains survenues au Congo (ex-Zaïre) durant la guerre, la Commission a compilé une centaine de rapports et témoignages écrits par les ONG nationales et internationales des droits humains et humanitaires, Cette Commission a complété ses enquêtes par une mission confidentielle d’enquêtes menées au nord et au sud Kivu et dans la région de MBANDAKA pendant deux mois, en janvier et février 1998. Les enquêteurs de la Commission non-gouvernementale ont interrogé plusieurs témoins directs et visité une centaine de lieux des massacres. La mission a aussi reçu des témoignages de certains Kadogo (enfants soldats) et d’anciens soldats de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques de Libération du Congo-Zaïre). Enfin, la Commission a analysé toutes les déclarations faites par l’Alliance des forces démocratiques de libération du Congo-Zaïre, alors mouvement rebelle et comparé à celles faites par elle une fois arrivée au pouvoir.

De l’analyse de tous ces éléments d’enquêtes, la Commission est arrivée aux conclusions suivantes :

a) La guerre menée à l’Est du Zaïre (devenu Congo) par les Banyamulenge et les troupes de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) a été bien conçue à Kigali et reçu du gouvernement de Kigali l’appui en armes et en hommes pour éradiquer les camps de réfugiés et les ex-FAR et Interahamwe devenus une menace pour la stabilité du Rwanda. Le territoire zaïrois a été envahi par l’APR, et plus tard par les armées ougandaises (guerre de Beni et de Butembo), burundaises et angolaises. Ceci constitue le crime d’agression tel que défini par le droit international, plus particulièrement la résolution du 14 décembre 1974 de l’Assemblée générale des Nations-Unies.

b) La Commission a estimé, sur la base des nombreux rapports et témoignages faisant état d’allégations que près de 200.000 réfugiés sur le sol zaïrois en majorité d’ethnie Hutu ont perdu la vie de façon arbitraire ou sont disparus, comme conséquence d’une stratégie délibérée d’extermination lente d’une partie de la population d’origine Rwandaise.

Pour ce faire, des procédés qui ressemblent fortement à des actes génocidaires ont été utilisés avec préméditation, de façon constante et persistante. Les auteurs n’ont reculé devant aucun moyen pour atteindre leur objectif d’élimination des réfugiés Hutu: massacres directs, pousser les réfugiés vers les endroits inhospitaliers où ils pouvaient être tués à petit feu de maladie ou de mauvaises conditions climatiques, obstruction à l’assistance humanitaire, utilisation des organisations humanitaires pour piéger les réfugiés.

De l’avis de la Commission, cette intention délibérée s’est ensuite caractérisée par une ferme volonté officielle d’assurer l’impunité notamment par le nettoyage des sites ou se sont commis les massacres, par le blocage de l’enquête menée par les Missions d’enquête des Nations-Unies(intimidations et/ou arrestations des témoins potentiels, corruption des chefs coutumiers pour qu’ils empêchent les enquêtes, et surtout la stratégie de soulever la population contre les enquêteurs de l’ONU et montrer que la Mission de l’ONU ne peut rien faire pour des raisons de sécurité (alors même que le gouvernement congolais est sensé assurer la sécurité). Tous ces éléments montrent à suffisance l’intention des auteurs et du nouveau gouvernement de la République démocratique du Congo, de couvrir ces crimes, du fait qu’il était au courant qu’ils se sont commis sur son territoire, ne les a pas condamnés publiquement et n’a pas cherché à travers le système de justice dont il a hérité à en identifier et en poursuivre les présumés coupables. Au contraire tout s’est déroulé depuis la fin de la guerre comme si les nouveaux dirigeants auto-proclamés et reconnus par la communauté africaine et internationale étaient inconscients de la gravité de ces crimes devant leur peuple et devant l’humanité. Ils ont par contre systématiquement et continuellement cherché à les couvrir ou les minimiser.

De ce fait, il est de l’avis de la Commission que des actes de génocide ont été commis au Zaïre contre les réfugiés Hutu en violation de la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide adoptée le 9 décembre 1948 et ratifiée par le Zaïre. Le fait qu’une partie importante des personnes visées par ces actes soient elles-mêmes présumées auteurs et responsables du génocide contre des Tutsis et des opposants Hutu au Rwanda d’avril à juillet 1994, et qu’elles soient accusées par le gouvernement du Rwanda d’avoir exporté avec elles l’idéologie du génocide au Zaïre ne constitue pas, de l’avis de la Commission, une excuse ou une justification morale ou juridique pour commettre des crimes similaires à ceux qui leur sont reprochés.

La Commission non-gouvernementale estime que plusieurs milliers de citoyens zaïrois (congolais) d’ethnie Hutu ou apparentée, et qui ont essayé de porter secours aux réfugiés pourchassés, ont aussi perdu la vie de façon violente comme résultat de ce processus génocidaire.

c) La Commission a identifié 19 crimes en relation avec les événements survenus entre Octobre 1996 et Mai 1997 dont: des meurtres, assassinats, tueries, noyades, incendies de villages et de récoltes, destruction matérielle, torture et traitements inhumains, mutilations, viols, disparitions, pillages systématiques, obstructions à l’aide humanitaire, incitation à la haine, vol de bétail et de biens, prise d’otages, enlèvement d’enfants et de malades, recrutements d’enfants mineurs; non-assistance à personnes et à peuple en danger, arrestations et détentions arbitraires, condamnations et exécutions sans recours à un tribunal légalement constitué, crime d’agression, expulsion forcée des Tutsi (Masisi, Kinshasa, Katanga, Kisangani), rapatriement forcé des réfugiés; persécution pour des motifs raciaux, ethniques ou politiques.

Le crime le plus choquant pour la conscience des africains et du reste de l’humanité reste bien sûr les meurtres, assassinats et homicides commis par toutes les parties au conflit de façon massive, même en dehors des zones de combat, sur des non-combattants et sur des combattants désarmés. Les cibles de ces meurtres étaient de trois sortes: - les réfugiés Hutu, les Zaïrois d’ethnie Hutu, Hunde, Fulero, Bembe, Tutsi, les autres populations civiles autochtones dans l’Est du Zaïre.

d) De l’avis de la Commission, ces homicides massifs sont attestés par l’existence de plusieurs charniers sur tout l’itinéraire de la rébellion d’UVIRA à MBANDAKA. Ils sont aussi déduits de l’effort délibéré et l’empressement montré par les auteurs présumés de ces crimes placés sous le commandement de l’AFDL et ses alliés, de faire disparaître les traces et détruire des preuves physiques éventuelles.

Tous les rapports publiés et les témoignages analysés par la Commission, quoique provenant de sources diverses, sont tellement constants et concordants à ce sujet qu’il est difficilement soutenable qu’il s’agit d’une campagne délibérée pour salir le nouveau régime issu d’une victoire militaire contre une dictature vieille de 32 ans.

e) Enfin la Commission non-gouvernementale a analysé le rôle et les responsabilités de la Communauté internationale incluant les Etats Africains, en particulier les voisins de la République démocratique du Congo (RDC). Par sa négligence, son inconscience, sa torpeur et la culpabilité ressenties à la suite du génocide au Rwanda ou tout simplement par calculs politiques, la Communauté internationale a manqué de volonté politique réelle pour faire face à la situation prévisible depuis 1994. Quoique la fermeture forcée des camps de réfugiés semble avoir donné un répit à une communauté internationale qui se plaignait de dépenser près d’un million de dollars par jour pour entretenir les réfugiés des Grands lacs africains.

3) Sous prétexte de combattre la rébellion hutu, le Régime de Kigali continue de massacrer massivement et systématiquement des populations civiles non armées:

Hier le régime des extrémistes hutu invoquait la guerre pour massacrer et persécuter les tutsis globalement considérés comme complices du FPR . Aujourd’hui le régime des extrémistes du FPR persécute et massacre des milliers de civils hutu non armés sous prétexte de combattre «des infiltrés »

Dans leur volonté de réaliser l’épuration ethnique dans toutes les régions du pays, les stratèges du FPR manipulent les médias, les diplomates et les observateurs occidentaux pour justifier tous les massacres commis par l’Armée Rwandaise :

a) Le phénomène des « infiltrés » fut intensifié après le départ de la MINUAR.

Est-ce un hasard que le phénomène « des infiltrés » a commencé après que le Gouvernement Rwandais ait insisté pour mettre fin à la MINUAR II (Mission des Nations Unies au Rwanda). Il est paradoxal que ce gouvernement l’ait exigé parce que, précisément le pays était en paix et que dès le départ de cette force de l’ONU les massacres systématiques et massifs des populations civiles se soient succédés à un rythme infernal. La MINUAR n’avait pas admis l’existence des infiltrations mais parlait plutôt « d’actes de banditisme ».

- Le même phénomène avait été observé dans les préfectures de CYANGUGU et KIBUYE (sud-ouest et est du pays). Les « infiltrations » attribuées aux extrémistes hutus avaient aussi coïncidé avec le départ de la MINUAR II, soit au mois d’avril 1996. L’APR en profitait pour organiser des massacres de détenus. Le premier massacre fut de 46 détenus tués dans le cachot communal de Bugarama. Il fut suivi par les massacres d’autres détenus des cachots communaux de Nyakabuye et Karengera.

- Les préfectures de Ruhengeri, Gisenyi et Kigali-rural furent embrasées en juillet 1997

b) Plusieurs attaques simulées ont permis à l’APR de massacrer des populations civiles: Citons pour mémoire les attaques suivantes suivies de massacres de l’APR:

- L’attaque du 2 mars 1997 entre 18h et 19h, par un commando d’environ 15 hommes armés sur la route Ruhengeri-Gisenyi à MUSANZE dans la périphérie de la ville de Ruhengeri a permis à l’APR de massacrer plus de 300 civils le matin du 3 mars.

- L’attaque simulée du 8 août 1997 au Marché de MAHOKO a donné lieu aux massacres de civils non armés dans les communes de KANAMA, RUBAVU, RWERERE et MUTURA depuis août jusqu’en novembre 1997. Des dizaines de milliers de morts tués à l’arme lourde.

- L’attaque « simulée du Camp de réfugiés de MUDENDE » était destinée à « détourner l’attention de l’opinion publique nationale et internationale» suite à des nombreux rapports accablants des ONG des droits humains contre l’Armée rwandaise. Un nombre inconnu de civils fut abattu au cours des opérations militaires  en guise de « représailles ».

- L’attaque simulée à l’Aérodrome de GISENYI du 8 octobre 1997: Le Lieutenant Colonel MUROKORE du 21ème Bataillon a prétendu que de 2 à 3.000 habitants de certains secteurs de la commune RUBAVU et ceux des secteurs voisins des communes RWERERE et MUTURA « se sont volatilisé ».

- Entre le 24 et le 27 octobre 1997 l’APR a massacré plus de 8.000 habitants des quatre secteurs de la commune Kanama: Kayove, Bisizi, Kanama et Karambo, qui s’étaient réfugiés dans la grotte de Nyakimana pour échapper aux massacres incessants de l’APR. Suite à ce massacre de la grotte, le Colonel KAYUMBA Nyamwasa a déclaré le 30 octobre 1997 que l’Armée Rwandaise « a tué plus de rebelles en une semaine que jamais auparavant=Rwanda’s army commander said its troops had « killed more rebels in one week than ever before (voir le journal « Good Morning News USA » du 31 octobre 1997).

- En novembre 1997, l’Armée a bombardé par hélicoptères la population civile et détruit plusieurs maisons dans les six communes de Ruhengeri et Gisenyi.

- Le 3 décembre 1997, le Colonel KARENZI Karake, a introduit la « rébellion hutu » dans la commune BULINGA en préfecture de GITARAMA au centre du pays.

c) Le Centre a souvent constaté que d’autres attaques simulées ont été menées contre d’autres cachots communaux pour légitimer la disparition des détenus.

Des attaques simulées par des éléments de l’APR ont été relevés :

- Dans la nuit du 19 au 20 mai 1996, 45 détenus du cachot communal de Bugarama (Cyangugu au sud-ouest) ont été massacrés par de prétendus infiltrés venus de l’ex-Zaïre pour les «libérer». Mais des enquêteurs indépendants ont prouvé que ce sont les soldats de l’APR qui les ont abattus froidement, car il n’y avait aucune trace de violence sur les murs extérieurs.

- Dans la nuit du 18 au 19 mai 1996 (soit une semaine après l’assassinat du Bourgmestre tuée le 10 mai 1996 par un homme armé dans sa maison sise à côté d’un campement militaire), le bureau de la commune KARENGERA (Cyangugu) a été attaqué et incendié par des individus armés non identifiés qui auraient libéré 71 des 123 détenus du cachot communal.

- Le 27 octobre 1996, des malfaiteurs non identifiés ont assassinée le Bourgmestre et incendié une partie du bureau communal de NYAKABUYE (Cyangugu). Lors de cette attaque, tous les détenus du cachot communal se seraient « évadés » selon les sources militaires de l’APR.

- Le 8 août 1997, les soldats du Colonel KAYUMBA Nyamwasa ont massacré plus de 500 détenus dans les cachots communaux de KANAMA et RUBAVU (Gisenyi au nord-ouest);

- Le 20 novembre 1997, des soldats APR ont mené une attaque simulée contre le cachot communal de GICIYE (Gisenyi) et ont ensuite prétendu qu’environ 1.200 rebelles hutus avaient tenté de libérer les détenus. Environ 88 détenus ont été tués tandis que 93 auraient été libérés!

- Le 1er décembre 1997, environ 103 détenus du cachot communal de RWERERE (Gisenyi) ont été « libérés » suite à une prétendue attaque des rebelles hutus.

- Le 3 décembre 1997, environ 630 détenus du cachot communal de BULINGA (Gitarama au centre) ont été « libérés » par de prétendus rebelles estimés à environ 300. Trois jours plus tard plus de 450 détenus sont revenus volontairement au bureau communal car leurs « libérateurs » ne les avaient pas emmenés avec eux. Ce sont ces mêmes détenus qui ont disparu lors de l’attaque de prétendus rebelles du 27 février 1998 à Bulinga!! A Nyakabanda, la Coopérative COFORWA a été pillée et l’Ecole secondaire privée brûlée!

- Le 10 décembre 1997, lors du 2ème massacre de MUDENDE, plus de 400 détenus du cachot communal de MUTURA (Gisenyi) ont disparu suite à l’attaque attribuée à des rebelles hutus qui ont massacré entre 271 réfugiés congolais (selon Kigali) et 1.600 (selon Kinshasa).

- Depuis le 28 février 1998, juste après l’assassinat d’un témoin gênant, le Père Croate VIJKO Curic, économe général de la Diocèse Kabgayi et Curé de la paroisse Kivumu (à Gitarama) tué à Kigali le 31 janvier 1998, les massacres des populations civiles ont repris sous prétexte de combattre « la rébellion hutu » dont on ignore le nom, les chefs et les revendications. Les hélicoptères, les blindés et les armes lourdes sont utilisés pour massacrer un maximum de paysans innocents.

Le Centre estime que le Gouvernement américain est capable de faire cesser ces atrocités.

4) CONCLUSION :

Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda a accumulé depuis le début de 1997 plusieurs témoignages qui attestent qu’il y a un « nouveau génocide » qui se déroule sous le couvert d’une « guerre civile ». Les autorités rwandaises attribuent cette guerre à la rébellion hutu, qui serait composée par des ex-Forces Armées Rwandaises (ex-FAR) et les miliciens hutu rentrés de l’ex-Zaïre lors du rapatriement forcé des réfugiés rwandais fin 1996.

Le Centre estime qu’après avoir constaté le génocide des réfugiés hutu au Zaïre, lequel s’est déroulé sous les yeux des témoins congolais et étrangers, il n’y a aucun doute sur le sort qui a été réservé aux milliers des réfugiés rapatriés de force en novembre et décembre 1996. La majorité des réfugiés qui sont rentrés au Rwanda fin 1996 est aujourd’hui portée disparue et le Centre craint qu’ils n’aient été massacrés comme ceux qui sont restés au Zaïre.

Un constat s’impose en tous cas à tout observateur qui visite le nord du pays.

Les préfectures de GISENYI et RUHENGERI ont été vidées de leurs habitants suite aux massacres successifs de l’Armée Patriotique Rwandaise. Des proches du gouvernement, dominé par le FPR parlent de 250.000 morts dans la seule préfecture de GISENYI.

La seule façon de lever toutes les énigmes qui entourent la disparition des milliers de paysans hutus dans du Nord au Sud-ouest du Rwanda (soit plus de ¾ des habitants de quatre préfectures: RUHENGERI, GISENYI, KIBUYE et CYANGUGU), c’est de mener une enquête indépendante à l’intérieur du Rwanda et de procéder à un nouveau recensement de la population rwandaise actuelle. Or, dans le contexte actuel, le régime rwandais refuse non seulement toute enquête et tout recensement de la population, mais aussi les autorités rwandaises ont réussi à chasser du pays la plupart des « témoins gênants étrangers » en mettant fin à la Mission des Nations Unies pour le Rwanda (MINUAR II) et en expulsant plusieurs ONGs qui contribuaient à aider et à rassurer la population éprouvée par le génocide et la guerre. Aujourd’hui, les autorités rwandaises sont décidés à chasser les derniers Observateurs de la Mission du Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HRFOR), comme ils sont réussi au retrait de la Commission d’Enquête de l’ONU sur les massacres de Réfugiés au Zaïre. Si le Gouvernement rwandais n’a rien à cacher, pourquoi refuse-t-il toute enquête et la présence d’observateurs neutres comme ceux de l’ONU.

Le Centre estime que tous les pays occidentaux, en particulier les pays membres de l’Union Européenne, doivent se rendre à l’évidence que le génocide rwandais s’est prolongé sous plusieurs formes et qu’il est grand temps qu’il soit arrêté par la Communauté Internationale.

Le Centre demande aux pays membres de l’Union Européenne de prendre l’initiative de saisir le Conseil de Sécurité de l’ONU sur la situation dramatique des droits humains au Rwanda et des populations civiles non armées, mais aussi de l’impérieuse nécessité d’étendre la compétence dans le temps et l’espace, du Tribunal Pénal International sur le Rwanda (TPIR) en vue de juger les auteurs et planificateurs des actes de génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre commis au Congo-Zaïre en 1996-1997 et au Rwanda depuis le 1er janvier 1995 jusqu’à ce jour.

Il est en effet peu probable que les États-Unis, protecteurs des « nouveaux génocidaires » et criminels contre l’humanité, prennent la moindre initiative pour mettre hors d’état de nuire leurs protégés.

5) RECOMMANDATIONS:

Au Gouvernement Rwandais de :

- ordonner aux troupes de l’APR d’arrêter les massacres de civils non armés;

- prendre ses responsabilités pour protéger toutes les composantes du peuple rwandais et

- mener des investigations sérieuses pour déterminer l’existence réelle « des infiltrés ou des insurgés hutus ».

- procéder au recensement général de la population rwandaise actuelle;

- accepter la mise en place d’une Commission internationale indépendante pour enquêter sur l’ampleur du génocide rwandais qui a frappé aussi bien les tutsis que les hutus depuis 1990 jusqu’aujourd’hui.

- accepter la nomination d’un nouveau Rapporteur spécial de l’ONU si le Gouvernement n’a rien à se reprocher comme il ne cesse de se présenter comme la victime d’Amnesty International et des autres Organisations des droits humains qui enquêtent sur le Rwanda;

- Libérer immédiatement et sans condition tous les détenus sans dossiers et la multitude des paysans hutus victimes des rafles aveugles des militaires extrémistes de l’APR;

- Poursuivre en justice les « Syndicats de délateurs », les délateurs isolés ainsi que les Agents de l’Etat impliqués dans les arrestations et détentions arbitraires;

- Eviter de cautionner la politique de « squattage et de pillage des biens d’autrui »;

- Faciliter la poursuite en justice de tous les responsables militaires et soldats de l’Armée Rwandaise impliqués dans les massacres de réfugiés restés au Zaïre ou rapatriés au Rwanda;

- Identifier et traduire en justice toutes les personnes sur qui pèsent des charges sérieuses de participation au génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et massacres de civils non armés dans toutes les préfectures du pays.

Au Vice-Président de la République Rwandaise et Ministre de la Défense:

- d’arrêter immédiatement « le plan apocalyptique » des extrémistes tutsis;

- de démettre et sanctionner les différents responsables de la DMI, de l’APR, de la Gendarmerie, de la Police Communale, des Local Défense Forces et d’autres milices tutsi qui ravagent le pays.

- de cesser de paralyser les Institutions officielles (Gouvernement, Parlement, Magistrature);

- de démanteler immédiatement le « pouvoir occulte » dont jouit un noyau des chefs militaires et politiques extrémistes de son entourage direct.

A l’Union Européenne et ses Etats membres et à l’ensemble de la Communauté Internationale de :

- Pousser fermement à l’extension de la compétence du Tribunal Pénal International pour le Rwanda et à la création d’un tribunal ad hoc, afin de juger les actes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis au Rwanda et au Congo-Zaïre depuis le 1/1/1995.

- Prendre des sanctions exemplaires contre les gouvernements rwandais et congolais afin de les obliger à livrer à la Justice nationale ou internationale toutes les personnes impliquées dans les massacres au Rwanda ou dans l’ex-Zaïre;

- Promouvoir la primauté du droits en permettant une lutte contre l’impunité, facteur d’instabilité dans la région des grands lacs africains;

- Faire pression pour obliger le gouvernement rwandais et les infiltrés (là où ils existent) à arrêter les massacres de civils non armés et à respecter le droit international humanitaire.

- Conditionner l’aide financière et toute forme d’assistance à l’arrêt de ces massacres et autres assassinats.

Au Gouvernement Américain:

- de cesser la paralysie des Institutions de l’ONU et faire respecter ses résolutions dans tous les pays, y compris dans les pays que les USA soutiennent aveuglement en Afrique centrale;

- d’arrêter immédiatement toute assistance militaire au Rwanda, tant que ce pays utilise cette assistance pour massacrer les populations civiles non armées.

- de dénoncer publiquement les graves et massives violations des droits humains commises par l’Armée Patriotique Rwandaise à l’intérieur du Rwanda et sur le territoire du Congo-Kinshasa. Toute autre attitude serait une complicité criminelle, dès lors le gouvernement américain ne peut pas prétendre ignorer la tragédie et son ampleur.

- de soutenir toute initiative visant à la création d’un tribunal pour juger les crimes commis dans le Congo-Zaïre en 1996 et 1997 et ceux commis au Rwanda depuis le 1er janvier 1995.

Aux Nations Unies:

- De prendre une résolution appelant tous les Etats à ouvrir des enquêtes judiciaires sur toute personne présumée responsable des crimes contre l’humanité et se trouvant sur leur territoire;

- De prendre des mesures pour imposer un embargo de vente d’armes dans la région des Grands Lacs tant que la paix et la sécurité reste un leurre;

- De mettre sur pied une Commission Internationale d’Enquête sur les massacres de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) et l’existence réelle d’une « rébellion hutu ».

- De mettre en place une force internationale de protection des populations civiles au Rwanda et au Kivu;

- D’envisager l’extension de la compétence du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) et la création d’un tribunal ad hoc;

- D’assurer le retour de l’état de droit et de la démocratie dans la région des grands lacs en vue de garantir la stabilité et la paix

A la presse nationale et internationale de:

- informer objectivement sur la situation des droits humains au Rwanda et en Afrique des Grands Lacs;

- cesser de servir de caisse de résonance de la propagande officielle diffusée par l’Armée rwandaise pour légitimer les massacres de populations civiles non armées sans même chercher à vérifier le bien-fondé des informations issues de la seule Agence Rwandaise d’Information (ARI), agence privée du Front Patriotique Rwandais (FPR);

- manifester un esprit critique. Le Centre demande à tous les journalistes soucieux de bien faire leur travail d’aller constater la tragique réalité sur le terrain.

Pour le Centre, MATATA Joseph, Coordinateur