Mémo-2010 : Rapatriement forcé de réfugiés rwandais de l'Ouganda

Mémorandum n°1/2010 adressé au Gouvernement et aux parlementaires ougandais

En tant que rescapés des génocides et des massacres perpétrés au Rwanda et en République Démocratique du Congo (RDC), nous demandons l’intervention du gouvernement et du parlement ougandais pour faire arrêter le rapatriement forcé des réfugiés rwandais qui sont demandeurs d’asile en Ouganda.

Rapatrier de force un réfugié vers un pays qu’il fuit, c’est commettre un crime contre l’humanité. Les victimes de ces rapatriements forcés ainsi que leurs descendants sont en droit de faire traduire en justice les responsables gouvernementaux des pays qui participent à cette chasse aux réfugiés rwandais.

Nous demandons donc au président ougandais Yoweri Kaguta MUSEVENI de faire arrêter ces rapatriements forcés. Nous demandons également aux parlementaires ougandais d’examiner si ces rapatriements forcés sont autorisés par la constitution et les lois qui régissent l’Ouganda.

Nous demandons que le gouvernement et le parlement ougandais envoient une commission d’enquête pour aller vérifier si les réfugiés rapatriés de force les 14 et 15 juillet 2010 n’ont pas été victimes de torture, d’emprisonnements arbitraires ou d’autres exactions.

Nous rappelons au gouvernement et aux parlementaires ougandais que le régime du président Paul Kagame est responsable de plusieurs massacres qui ont déjà visé les réfugiés rwandais. Que ce soit en République Démocratique du Congo où dans d’autres régions du Rwanda comme à Kibeho. Nous mettons en annexe de ce mémorandum de nombreux documents qui attestent le calvaire vécu par les citoyens rwandais et les crimes qui ont visé des milliers de réfugiés rwandais ou de déplacés de guerre depuis plus de 16 ans. Il s’agit de :

    1. Témoignage de M. Maurice NIWESE tiré de son livre « Le peuple rwandais, un pied dans la tombe, récit d’un réfugié étudiant » et édité chez l’Harmattan en 2001 (pages 159 à 162). C’est un rescapé des massacres commis sur les réfugiés hutu au CONGO-Kinshasa (RDC) entre octobre 1997 et mai 1997. Ce témoin a survécu exceptionnellement au massacre de plus de 30.000 réfugiés tués par les soldats du FPR dans la seule journée du 22/04/1997 sur le vieux chemin de fer de KASESE. En voici un extrait : « Le début de l’holocauste : Devant nous s’installèrent ces militaires qui nous conduisaient avec leurs mitrailleuses et les caisses d’obus. Ils tournèrent les canons sur nous. Ils étaient tellement nombreux qu’il y en avait partout. Sans pitié, ils ouvrirent le feu. Les gens moururent par centaines. Le sang coula partout, se mêla au repas qu’on préparait et tout devint rouge. Je restais cloué par terre et attendais de recevoir une balle dans la tête. A côté de moi, parent, ami, voisin tombait. D’un coup, les gens blessés ou non, commencèrent à fuir vers l’intérieur de la forêt. Je suivis le mouvement et me lançait dans la forêt. Pas de chance là-bas non plus. Ayant tout prévu, les militaires y étaient. On échappait par hasard, sinon la mort était partout. Ces tueries durèrent trois jours. Les 2ème et 3ème jours, les militaires nous pourchassèrent dans la forêt. Ils examinaient également les cadavres pour achever ceux qui gardaient encore le souffle. Dans la forêt, l’homme attrapé était immédiatement tué. Les femmes, quant à elles, étaient emportées. Une femme rescapée me raconta par après qu’elles étaient sauvagement violées. On les tuait par après. Les militaires mettaient les canons des fusils dans leurs sexes pour déclencher le feu. Ce témoignage fut confirmé par les cadavres des femmes que nous avons découverts par la suite. Après le troisième jour, des camions commencèrent à transporter des citernes de carburant. On brûla les corps étendus le long du chemin de fer. Cette opération a précédé l’arrivée des humanitaires ».

    1. Témoignage sur les massacres de KIBEHO tiré des archives de Médecins Sans Frontières (MSF) par l’historienne sociologue française, Madame Claudine VIDAL. Dans son article intitulé « Les humanitaires, témoins pour l’histoire » et publié dans la revue « Les Temps Modernes n°627 d’avril-juin 2004 pages 92 à 108 », elle racontent comment les militaires du FPR ont massacré les déplacés de guerre hutu en présence des casques bleus de l’ONU entre les 18 et 22 avril 1995. En voici un extrait : « Au Rwanda, dans le camp de Kibeho, le 22 avril 1995, des soldats de l'Armée patriotique rwandaise (Apr) encerclent quelques 100 000 personnes, regroupées dans un espace restreint. Utilisant armes automatiques, lance-roquettes et grenades, les militaires tirent longuement à plusieurs reprises sur la foule. Ce massacre, qui fit sans doute autant de morts que les attentats d'Al-Qaida du 11 septembre 2001, eut sur le coup un grand retentissement dans la presse internationale. Cependant, perpétré moins d'une année après le génocide des Rwandais tutsis abandonnés à leur sort par le Conseil de Sécurité de l'Onu, il ne suscita pas de réaction significative de la communauté internationale. Massacre parmi d'autres, dans cette région qui connut et allait encore connaître de nombreux bains de sang, il s'oublia ».

    1. Le dossier sur « L’industrie du génocide rwandais » est un document que M. Matata Joseph a présenté à la 2ème conférence internationale sur l’héritage du TPIR organisé par les avocats de la Défense et tenue à Bruxelles du 21 au 23 mai 2010. « L’industrie du génocide » explique comment le génocide rwandais est devenu un fond de commerce exploité par les dignitaires du FPR pour voler les biens mobiliers et immobiliers appartenant à des Hutus innocents. Ces derniers sont localisés sur base de leurs biens pour ensuite être poursuivis, condamnés et emprisonnés arbitrairement pour des crimes de génocide qu’ils n’ont jamais commis. Ces dignitaires se sont constitués en une sorte de « cartel criminel » protégé par le président de la république, le général Paul KAGAME.

    1. Extrait du livre-témoignage du Lieutenant Abdul Ruzibiza intitulé « Rwanda : Histoire secrète » dans les pages 334 à 347 : Ce militaire tutsi reconnaît à la page 347 le génocide des Hutus par les militaires du FPR : « D’après ce que j’ai expliqué dans la partie sur la planification du massacre systématique des Hutus, soit sa préparation, la mise en place des structures de supervision de son exécution ainsi que l’effacement des traces, je ne puis nier qu’il s’agisse d’un génocide ». Ce document de 7 pages raconte « Les massacres et l’incinération des cadavres de Hutus massacrés par le FPR ». En voici un extrait : « Les massacres perpétrés par l’APR étaient toujours planifiés. Il ne s’agissait pas d’actes de vengeance ni de simples faits accidentels comme certains le prétendent. Comme je l’ai évoqué, après l’attentat contre l’avion présidentiel de Juvénal Habyarimana, la guerre a directement embrasé le pays. J’ai dit également comment toutes les unités avaient reçu des ordres bien spécifiques quant à leurs missions. La tâche de massacrer systématiquement la population était attribuée à une catégorie de militaires bien choisis et formés spécialement sous la supervision de bourreaux qui exerçaient en qualité d’officiers de renseignement, de personnels de renseignement (Intelligence Officer/Intelligence Staff) ou de commissaires politiques dans l’armée (Political Commissar). Cela n’empêchait pas que les spécialistes des tueries fassent parfois appel à une compagnie pour les épauler dans les opérations d’enterrement, de chargement, d’incinération ou de dissimulation des corps. Tout dépendait de l’importance du nombre de gens tués ou devant être tués. Parfois on faisait appel à plusieurs compagnies. Mais de telles interventions étaient d’autant plus rares que chaque unité militaire avait sa propre compagnie spéciale ou son propre peloton spécial. Une compagnie de ce genre comptait souvent plus de 200 hommes et un peloton de plus de 100 hommes, opérant sous la supervision des IO (Intelligence Officers) des PC (Political Commissars)… »

    1. Communiqué n°80/2005 du 18/03/2005 intitulé : «Les tribunaux GACACA sont détournés, contrôlés et paralysés par les chefs militaires et politiques du FPR impliqués dans le génocide rwandais ». Ce communiqué démontre que le détournement des Gacaca annoncé dans le témoignage livré au CLIIR par le juge tutsi en mai 2002 venait d’être confirmé. En effet, plusieurs Hutus innocents ont été arrêtés et emprisonnés non pas pour des crimes qu’ils auraient commis mais parce qu’ils sont nés hutu. Les exemples d’emprisonnements arbitraires ne manquent pas. Lorsque les Gacaca ont commencé en mars 2005, les médecins, les commerçants et les intellectuels hutu dont le gynécologue Pascal Habarugira, le docteur Jean Népomuscène Nsengiyumva, Dr Aloys Bigirankana ont été condamnés. Le 5/09/2007, plusieurs autres médecins hutu ont été condamnés par contumace à 30 ans de prison par le tribunal Gacaca de Huye à Butare. le Dr Bararengana Séraphin : Chirurgien, le Dr Bigirimana Ignace : Cardiologue, le Dr Munyemana Sosthène: Gynécologue, le Dr Sijyenibo Charles : Stomatologue, le Dr Nshimyumukiza Jotham : Ophtalmologue, etc.

Nous demandons l’arrêt de tous les rapatriements forcés des réfugiés rwandais en Ouganda.

Fait à Bruxelles, le 28 juillet 2010.

Pour les organisateurs de la Manifestation,

MATATA Joseph, Coordinateur du Centre.