Communiqué de CLIIR sur la récente prise de position des USA à l'égard du Rwanda

Mardi 22.07.2013, les Etats Unis ont exigé, une fois encore, que le Rwanda cesse tout soutien aux rebelles du M23 qui a repris les hostilités à l'Est du Congo en dépit de l'Accord cadre conclu à Addis Abeba (Ethiopie) le 24 février 2013. C'est la deuxième fois que l'administration américaine met en garde le président rwandais Paul Kagame pour son rôle majeur dans ce conflit qui a déjà provoqué des milliers de morts et des déplacés.

Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR)  se réjouit de cette prise de position sans équivoque du gouvernement américain dans sa détermination à endiguer la violence dans la Région de l’Afrique des Grands Lacs (RAGL). En lançant ce deuxième avertissement à Paul Kagame, les Etats Unis viennent de confirmer que le régime de Kigali et l’armée rwandaise sont impliqués directement dans l'instabilité de la Région.

La situation sécuritaire s'est profondément dégradée dans le Nord Kivu en proie à des conflits incessants depuis que les rebelles du M23 ont repris les hostilités le 14 juillet 2013 après un bref  cessez le feu. D’après le dernier rapport de Human Rights Watch (HRW), on dénombre déjà plusieurs morts et des milliers de déplacés. Des exactions sont commises par les rebelles du M23: femmes et jeunes filles violées; enfants soldats enrôlés de force dans la rébellion.

La situation humanitaire demeure extrêmement préoccupante. A cause de la terreur que fait régner les rebelles du M23, les interventions de secours et d’assistance psychologique sont très difficiles pour venir en aide aux victimes.

Le CLIIR ne peut pas tolérer que des populations civiles innocentes continuent de payer un lourd tribut. Cette tragédie doit immédiatement cesser et les responsables de ces atrocités doivent être poursuivis devant les juridictions compétentes pour répondre de leurs crimes.

Nous estimons que la culture d’impunité et d’injustice qui prévaut dans la région de l’Afrique des grands lacs doit être éradiquée. Les rapports de l’ONU tels que le Rapport Mapping de 2010 sur les massacres de Réfugiés Hutus et des populations civiles congolaises, les enquêtes des groupes d’experts sur la République Démocratique du Congo (RDC) , des ONG tels que Amnesty international ou Human Rights Watch accusent depuis plusieurs années les autorités rwandaises de commettre des crimes de guerre et contre l’humanité tant à l’intérieur du pays comme à l’extérieur de ses frontières.

Le CLIIR en appelle à la communauté internationale à sévir contre le régime dictatorial du Président Paul Kagame pour l’amener à respecter ses obligations internationales, en particulier, l’Accord-cadre signé à Addis Abeba et qu’il a violé en offrant un appui logistique et militaire aux rebelles du M23.

Nous appelons aujourd'hui la communauté internationale à rester soudée pour faire cesser toute coopération militaire avec le Rwanda, à mettre en place des mesures contraignantes financières et surtout judiciaires qui vont faire plier l'arrogance du président rwandais Paul Kagame. Celui-ci n'hésite même plus à insulter publiquement son homologue tanzanien en le menaçant d’envahir son pays au seul motif que le président Kikwete œuvre pour la pacification de la Région dans la non violence.

Nous tenons à réitérer notre plein soutien à l'initiative du président tanzanien Kikwete qui a proposé à Kinshasa et à Kigali de favoriser un dialogue généralisé pour l’instauration d’une paix durable dans la Région des Grands Lacs d’Afrique.

Il est devenu très clair, au vu du comportement irresponsable du président rwandais Paul Kagame, qu’il n’est pas l’homme à contribuer à la paix dans la Région des Grands Lacs d’Afrique, encore moins au Rwanda comme en témoigne ses récents discours controversés dans lesquels il prône une politique de discrimination et de haine entre les différentes ethnies qui composent la population rwandaise.

Pour sortir de l’enlisement politique et imposer la paix dans la Région des Grands Lacs d’Afrique, nous demandons aux envoyés spéciaux de l'ONU et des États-Unis ainsi qu’aux gouvernements des pays occidentaux qui fournissent de l'aide au Rwanda et à la République Démocratique du Congo de :

1.   Dénoncer et condamner le soutien en hommes et en armes apporté aux rebelles du M23 par le Rwanda et appuyer l'imposition des sanctions à l'encontre de hauts responsables rwandais impliqués dans le soutien du M23 depuis sa création;

2.      S'efforcer que tout accord entre le gouvernement congolais et le M23 exclut l'intégration au sein de l'armée congolaise de dirigeants du M23, notamment de ceux qui figurent sur les listes des personnes frappées de sanctions par les Nations Unies, et ceux qui sont accusés de crimes de guerre et d'autres graves exactions;

3.  Exercer des pressions en faveur de l'arrestation et de l'engagement de poursuites judiciaires contre les commandants militaires rwandais, y compris les membres du M23, qui sont impliqués dans des crimes de guerre et d'autres graves violations des droits humains;

4.  Suspendre toute assistance militaire à l'armée rwandaise tant qu'elle continuera de soutenir des groupes armés congolais responsables d’exactions dans la Région.

 

Fait à Bruxelles, le 25 juillet 2013

 

Pour le Centre (CLIIR),

Joseph MATATA, Coordinateur