Com037/1998 : Tentatives de rapt du Secrétaire Particulier de feu SENDASHONGA

Tentatives d’enlèvement à NAIROBI du Secrétaire Particulier de feu Seth SENDASHONGA

Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda dénonce et condamne les différentes tentatives d’enlèvement de Monsieur Vincent NDIKUMANA, Secrétaire de l’ancien Ministre Seth SENDASHONGA, assassiné à Naïrobi le 16 mai 1998.

             La dernière tentative d’enlèvement de Vincent Ndikumana a eu lieu le 5 juin 1998 et s’est déroulée comme suit : Des personnes non identifiées ont tenté de l’enlever vendredi 5 juin 1998 vers 19h dans le quartier de Kilimani à NAIROBI (Kenya) alors qu’il venait de quitter le domicile de la famille Seth SENDASHONGA pour rentrer chez lui.

             A peine, Mr NDIKUMANA venait de franchir une centaine de mètres sur Wood Avenue, quand une voiture rouge de marque Mazda, le suivit à une vitesse réduite. Il l’avait vue garée au croisement de Wood Avenue et Chania Avenue quelques instants plus tôt, sans y prêter attention.

             Arrivé au croisement de Wood Avenue et Kindarama Road, il tourna à droite pour s’engager dans Kindaruma Road quand la mazda rouge le dépassa rapidement, pour aller se garer quelques mètres devant Mr Vincent NDIKUMANA et éteignit ses lampes.

             Deux hommes élancés et assez costauds, en vestes de cuir noires, sortirent de la Mazda en courant vers sa direction. C’est à ce moment-là que Vincent Ndikumana réalisa qu’il était en danger de mort. Il se mit à courir sans savoir où il allait se réfugier d’abord. Puis il fonça dans un enclos ouvert tout près de lui à sa gauche. Ses agresseurs l’y suivirent, mais lorsqu’ils réalisèrent que leur victime s’était engagée résolument dans un escalier conduisant aux maisons  d’habitations , ils prirent la fuite à bord de leur véhicule qui démarra en trompe.

 ANTECEDENTS: Mr Vincent NDIKUMANA avait déjà échappé à deux autres tentatives d’enlèvement au mois de Janvier 1998, bien avant l’assassinat de Mr Seth Sendashonga.

1.    Le 11 janvier 1998, il avait reçu un message anonyme par téléphone l’invitant à une rencontre, à AFYA Center, avec « une personne qui prétendait lui apporter un message venant du Rwanda ». Le message à première vue n’avait rien de suspect. Toutefois, il se fit accompagner par un ami par mesure de prudence. Lorsqu’ils arrivèrent à AFYA Center, ils rencontrèrent trois personnes qui parlaient le Kinyarwanda et qui lui demandèrent de monter dans leur véhicule. Ces individus refusèrent de décliner leur identité et ils insistèrent pour qu’il les accompagne, sous prétexte que le message à lui remettre se trouvait à un autre endroit. Sentant un piège, il exigea de se faire accompagner par son ami. L’homme qui se trouvait au volant du véhicule insista pour le prendre seul à bord. Mr Vincent NDIKUMANA décida alors de partir vite et s’éloigna de ce véhicule suspect. Les trois individus, furieux, le mirent en garde dans ces termes: « quoi que tu fasses, tu ne nous échapperas pas».

2.     Le 18 janvier 1998, Mr Vincent NDIKUMANA marchait sur Naivasha Road avec un ancien collègue rwandais journaliste comme lui, lorsqu’un véhicule s’arrêta juste à côté de lui. Le chauffeur exigea qu’ils montent dans son véhicule. Ils refusèrent et une dispute éclata entre eux et le conducteur du véhicule. Lorsque des policiers kenyans, stationnés au Riruta Chief ’s Bureau tout près de cet endroit, accoururent pour voir l’objet de cette dispute, le véhicule prit la fuite.

             Mr Vincent NDIKUMANA est né le 19 décembre 1967 à Gikongoro au sud-ouest du Rwanda. Il est marié et père de deux petits enfants (un garçon de 3 ans et une fillette de 2 ans). Diplômé des humanités psychopédagogiques en 1989, il entra dans la Congrégation des Pères Missionnaires des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie qu’il quitta en juillet 1993. Depuis octobre 1993, il travailla comme journaliste à l’Agence Kigali Presse et fut Secrétaire de Rédaction de l’Hebdomadaire « ISIBO », journal rwandais qui paraissait avant avril 1994.

             Pendant le génocide de 1994, il s’était réfugié dans la zone turquoise et dans sa préfecture d’origine de Gikongoro. A la victoire du Front Patriotique Rwandais (FPR), il est revenu à Kigali où il a tenté de relancer le journal ISIBO. Deux numéros de son journal furent saisis par la DMI (Directorate Military Intelligence) et les menaces commencèrent depuis. Interrogé par le DMI qui l’accusait d’espionnage pour un pays étranger (dont il ne citait pas le nom), il dut quitter le Rwanda vers la fin de l’année 1994 pour éviter la mort ou la prison. Arrivé à Naïrobi, il fut menacé par le chargé d’affaires de l’Ambassade rwandaise à Naïrobi, le Major Jacques NZIZA (en réalité Jackson Nkurunziza), suite à ses témoignages sur les crimes des extrémistes tutsi.

 .Agressions répétées à NAIROBI contre Mr André SINGAYE :

             Monsieur André SINGAYE, né le 12 septembre 1935, commerçant originaire de la commune Rubavu (Gisenyi), grand ami de Mr Seth SENDASHONGA, est devenu aussi la cible des commandos de la mort dépêchés par Kigali à l’étranger.

             Depuis une semaine, il est sans cesse harcelé par des hommes rwandais venus de Kigali. Ainsi, le 24 juin 1998 à 15 heures (heure locale), alors qu’il sortait du Bureau de Jesuite Refugees Service et après qu’il ait déposé des amis devant le bureau Haut Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés (HCR) de NAIROBI et s’apprêtait à monter dans son véhicule, deux individus s’exprimant en kinyarwanda l’ont accosté et bousculé en lui disant: « Pourquoi tu n’es pas rentré ? Tu crois que nous ne viendrons pas te trouver ici ? C’est toi qui t’occupes désormais du parti de Sendashonga ? ». Les deux individus étaient très menaçants, Mr SINGAYE a eu l’impression qu’ils étaient armés et a démarré en trompe. Une semaine avant cet incident, Mr SINGAYE avait été verbalement agressé par des rwandais au « parc industriel » de Nairobi.

            Les deux individus qui ont menacé André SINGAYE le 24 juin seraient arrivés directement du Rwanda en date du 23 juin 1998.

             Mr André SINGAYE est un commerçant hutu qui était prospère. Il était propriétaire de nombreux biens immobiliers, dont l’hôtel PALM BEACH situé à Gisenyi, et actuellement « squatté » par Monsieur Valens KAJEGUHAKWA, député et homme d’affaires tutsi. Ce dernier ainsi que son beau-frère appelé CYETU, sont les chefs des milices tutsi qui ont exterminé, avec l’aide de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) la population civile de Gisenyi, en particulier des communes de RUBAVU, RWERERE, MUTURA...Il avait tenté de se réinstaller au Rwanda après la prise du pouvoir par le Front Patriotique Rwandais (FPR), mais avait été menacé par des éléments de l’armée, obéissant probablement aux ordres de ceux qui souhaitaient lui spolier ses biens. Il a alors repris le chemin de l’exil.

Le Centre rappelle quelques assassinats qui ont déjà eu lieu à NAIROBI :

 1) Mr Seth SENDASHONGA, ancien Ministre de l’Intérieur et membre fondateur des Forces de Résistance pour la Démocratie (FRD), a été assassiné le 16 mai 1998 à NAIROBI.

2) Le Colonel Théoneste LIZINDE, ancien officier hutu de l’Armée Patriotique Rwandaise et Député du FPR, a été enlevé à NAIROBI le 6 octobre 1996. Il fut retrouvé mort, tué d’une balle dans la bouche, à une trentaine de kilomètres de NAIROBI le 8 octobre 1998.

3) Mr Augustin BUGILIMFURA, homme d’affaires hutu prospère et propriétaire de l’Imprimerie Printer Set « squatté par les proches du Général Paul KAGAME » avait été enlevé en compagnie du Colonel Théoneste LIZINDE. Il fut retrouvé grièvement blessé à quelques pas du cadavre de son ami Théoneste Lizinde le 8 octobre 1998. Il mourut quelques minutes après avoir été transporté dans un hôpital à NAIROBI. 

4) L’assassinat de HABIMANA alias KINGI et fils du commerçant Gérard KALIMUNDA, lui aussi enlevé par le Lt Adamo et porté disparu à Kigali en juillet 1994. Mr HABIMANA Kingi a été tué par balles à Kawangwale (banlieue de Naïrobi) en décembre 1996.

 CONCLUSIONS :

            Le Centre estime que Mr Vincent NDIKUMANA est une victime toute désignée et qu’il risque d’être enlevé par ceux qui ont commandité l’assassinat de Seth SENDASHONGA.

             Le Centre a été informé que d’autres rwandais réfugiés au KENYA ne sont plus en sécurité. Plusieurs personnes pourraient être la cible privilégiée des commandos de la mort, à la solde du régime de Kigali. Il s’agit de Mr Sixbert MUSANGAMFURA, ancien Directeur du Service de renseignements du Premier Ministre Faustin Twagiramungu, réfugié au Kenya depuis juin 1995, de Mr Casimir BIZIMUNGU, ancien Ministre des affaires étrangères.

            Le Centre estime qu’il est inacceptable que l’External Security Office (ESO), une branche de la Directorate Military Intelligence (DMI), organise en toute impunité l’assassinat ou l’enlèvement de réfugiés rwandais dans les pays qui les ont accueillis. Le Centre conseille à tous les exilés rwandais, où qu’ils se trouvent, à prendre des précautions nécessaires afin de limiter les risques de se faire tuer ou enlever.    

 

RECOMMANDATIONS:  Le Centre recommande instamment:

 

Au gouvernement rwandais :

- de combattre le terrorisme international des chefs militaires extrémistes qui ont noyauté toutes les ambassades rwandaises dans le but d’assassiner les opposants et les propriétaires.

- de lever l’immunité du personnel de ses ambassades lorsqu’ils sont impliqués dans des activités criminelles afin qu’ils puissent être jugés et punis par la justice des pays d’accueil.

 A la communauté internationale et en particulier au Gouvernement Kenyan de:

- assurer la protection des réfugiés rwandais contre le terrorisme d’Etat dans les pays d’accueil;

- encourager les pays européens à accorder l’asile aux intellectuels et opposants hutu qui sont menacés dans les pays africains et surtout au Kenya où plusieurs rwandais ont été assassinés et où d’autres sont sans cesse emprisonnés injustement depuis 1996.

 

Pour le Centre, MATATA Joseph, Coordinateur.