Com034/1998 : 23 détenus massacrés par l'Armée du FPR à la Prison Centrale de Kigali

L’Armée Patriotique Rwandaise massacre 23 détenus à la Prison Centrale de Kigali

Depuis le 6 mai 1998, la situation se détériore à la Prison Centrale de Kigali (dénommée « 1930 »). Depuis ce jour, personne n’a été autorisée à rendre visite aux détenus, ni à leur apporter de la nourriture.

Même l’Aumônier qui célèbre la messe chaque Dimanche n’a pas été autorisé à y entrer.

Selon les informations recueillies par le Centre, une perquisition a été opérée durant deux jours par plusieurs militaires de l’Armée Rwandaise. Les objets appartenant aux détenus ont été ramassés et chargés dans des véhicules. Ils ont ensuite été jetés dans le marais de KINAMBA sur la route dénommée « Poids lourd ». Ces objets ont été jetés le 9 mai 1998. Les détenus ont été dépouillés de tout (vêtements, assiettes, gobelets, brosse à dents, essuie-mains, souliers, couvertures, dentifrices, médicaments, shitings, etc...

Depuis le 9 mai 1998, les personnes autorisées, par le Ministère de la Justice, à apporter des aliments aux détenus malades qui bénéficient d’un régime spécial doivent verser la nourriture dans des sachets en plastic.

Les autorités pénitentiaires auraient déclaré que cette mesure vise à assurer la sécurité. D’autres informations, font état de 23 détenus morts des suites de torture infligée au cours de ces opérations de fouilles

Personne n’est autorisée à pénétrer dans la prison de sorte qu’il est difficile d’enquêter sur ces allégations. Il convient de rappeler que cet incident survient alors que la Mission des droits de l’homme de l’ONU au Rwanda est suspendue !!

Ce n’est pas la première fois que les détenus de la Prison Centrale de Kigali sont dans le collimateur des extrémistes au pouvoir au Rwanda. Ceux-ci ont, à diverses reprises, fomenté des complots visant à massacrer les détenus sous couvert de divers prétextes. Les chefs militaires de l’APR invoquent tantôt les attaques attribuées « aux infiltrés hutu », tantôt des évasions ou des bagarres entre détenus, etc. (Voir Communiqué du Centre n° 33/98 du 9 mai 1998, Communique n° 9/97 du 19 mars 1997, Lettre du Centre du 22 mars 1998 au Général Paul KAGAME, Lettre du Centre du 24 mars à l’Ambassadeur des États-Unis au Rwanda).

Des rumeurs affirment que les autorités rwandaises comptent cette fois dire que les détenus originaires du Nord (Abakiga) s’en sont pris à ceux originaires du Sud (Abanyenduga) pour se venger de ce que le Premier Ministre du Gouvernement intérimaire, Jean KAMBANDA (lui aussi originaire du Sud), se serait désolidarisé avec eux en plaidant coupable devant le Tribunal Pénal International sur le Rwanda.

ANTECEDENTS :

Le Centre rappelle qu’une situation semblable avait été créée début 1997 par le Directeur Ignace MUHATSE en collaboration avec les chefs militaires et politiques du FPR :

- Du 22 février au 3 mars 1997, les détenus de la Prison centrale de Kigali n’ont quasiment pas reçu de nourriture.

- Durant la semaine du 3 au 9 mars 1997, la situation ne s’était pas améliorée, prétendument à cause d’un manque de bois de chauffe.

- A partir du 7 mars 1997, des surveillants de la Prison centrale de Kigali et de Gikondo ont retiré les autorisations délivrées par le Ministère de la Justice aux familles des détenus dont l’état de santé nécessite un régime alimentaire spécifique.

RECOMMANDATIONS :

- Le Centre lance encore un cri d’alarme et en appelle aux autorités rwandaises ainsi qu’à l’ensemble de la Communauté Internationale, pour intervenir d’urgence afin de désamorcer ce plan de massacres des détenus de la prison de Kigali, mais aussi des autres centres de détention.

- Le Centre demande au Gouvernement rwandais de laisser une équipe d’enquêteurs indépendants entamer sans délai des investigations approfondies au sujet de ce massacre et des informations qui continuent de faire état d’un complot permanent visant à provoquer la révolte des prisonniers. Depuis juillet 1996, le Directeur de la prison de Kigali, Ignace MUHATSE et les militaires chargés de la surveillance de cette prison ont toujours tenté de provoquer une mutinerie des détenus, qui aurait permis de justifier une répression sanglante par l’Armée.

- Le Centre demande que toutes les mesures adéquates soient prises pour mettre à néant ce projet et poursuivre en justice les responsables militaires et politiques impliqués dans ce complot, notamment le Capitaine Ignace MUHATSE, ancien directeur de la prison et le Colonel Fred IBINGIRA, Commandant du Secteur militaire de Kigali-Ville et Kigali-Rural. Toutes les informations recueillies par le Centre désignent ces deux responsables de la mort de 4.000 à 8.000 personnes dans les camps de déplacés de KIBEHO en avril 1995, comme étant à l’origine du complot visant à « nettoyer la Prison Centrale de Kigali »

- Le Centre demande que les détenus sur qui pèsent de lourdes charges de participation au génocide et aux massacres soient traduits en justice sans autre retard, et que ceux qui n’ont pas de dossier soient remis en liberté.

- Le Centre appelle avec insistance les autorités rwandaises à veiller au respect des règles en vigueur relatives à l’alimentation des prisonniers, leurs contacts avec l’extérieur et la notification des décès, maladies et transferts de détenus.

- Le Centre invite avec insistance le Secrétaire Général des Nations-Unies, Mr KOFFI ANAN ainsi que le Haut Commissaire des Nations-Unies aux Droits de l’Homme, Mme Mary ROBINSON, à ne pas céder au chantage exercé par le Gouvernement rwandais, qui cherche en réalité à mettre fin à la Mission des droits de l’homme au Rwanda (HRFOR), en vue d’étendre, à la Ville de Kigali, les massacres programmés et sélectifs des populations civiles

Pour le Centre, MATATA Joseph, Coordinateur