#06Avril: Le droit et le devoir de commémorer toutes les victimes (Déclaration)

 

COMMEMORATION DE TOUTES LES VICTIMES DU GENOCIDE RWANDAIS (06 Avril 2016)

Les négationnistes sont ceux qui nient l’existence des victimes non Tutsi du génocide commis au Rwanda

Déclaration

Lorsque des êtres humains sont soumis à l’oppression caractérisée par les crimes de sang et l’injustice, nul ne peut prétendre ignorer l’urgence de faire des choix : se soumettre, collaborer ou résister à l’oppression.

Le droit et le devoir de commémorer toutes les victimes sans aucune discrimination est une nécessité pour lutter contre l’Apartheid ethnique instauré au Rwanda parmi les survivants du génocide.

Depuis 11 ans, CLIIR veuille à ce que ce droit reste ouvert à chaque survivant de pleurer ses morts en toute liberté malgré les campagnes sournoises de l’Ambassade rwandaise en Belgique pour terroriser les rescapés et survivants par la calomnie et diffamation.

Au lieu de se répandre sur les réseaux sociaux en proférant des menaces et des insultes qui ne servent qu’à le ridiculiser devant les témoins du génocide rwandais, l’Ambassadeur Olivier Nduhungirehe gagnerait en crédibilité auprès de la Communauté rwandaise en ayant le courage de se démarquer de ses prédécesseurs en acceptant un débat sur la Mémoire des évènements tragiques qui ont endeuillé le pays.

En effet, depuis 22 ans les témoins, les enquêteurs et les chercheurs indépendants qui travaillent sur le génocide rwandais confirment qu’il existe des victimes et des rescapés dans les trois ethnies du Rwanda. Il existe également des bourreaux dans chaque bloc extrémiste des deux belligérants de la guerre de 1990 à 1994: certains rebelles tutsis du Front Patriotique Rwandais (FPR) et les miliciens ainsi que certains militaires Hutu qui se battaient pour garder ou conquérir le pouvoir au Rwanda.

Dès lors, se satisfaire de la seule commémoration organisée par les exilés et résidents tutsi en Belgique qui ne pensent qu’aux seuls morts tutsi alors que tous les groupes ethniques ont été endeuillés par ce drame, ne fait qu’attiser la haine et les divisions entre les rwandais. 

En tant qu’ancienne puissance de tutelle, la Belgique devrait être la première à lutter pour une véritable réconciliation du peuple rwandais qui transcende tous les groupes ethniques et qui donne à chacun le droit de pleurer ses morts partout au Rwanda et dans le reste du monde. C’est la raison pour laquelle la commémoration prévue le 06/04/2016 aura lieu dans le calme, le respect, la dignité et la discipline habituels.

Pour en finir avec « l’histoire falsifiée » du génocide rwandais, les rescapés, toutes ethnies confondues, doivent avoir le courage d’accepter la mise en place de la « Commission Vérité, Justice et Réconciliation »  pour construire ensemble des projets de paix et de développement durables dans un pays démocratique. Des projets dans lesquels l’ambition dominatrice d’une petite élite régionale et internationale ne poura plus constituer des obstacles à la paix sociale pour un peuple réconcilié avec son tragique passé.

Il sera impossible de combattre un quelconque « négationnisme, divisionnisme ou révisionnisme » aussi longtemps qu’un dialogue franc et un débat sincère ne seront pas organisés sur la nature des victimes et les responsables réels de ce génocide.

Nous comptons sur tous les hommes de bonne volonté pour s’opposer à l’exploitation éhontée et la monopolisation perverse de la souffrance des rwandais qui creusent davantage chaque année un fossé entre les victimes du génocide rwandais.

« L’arme la plus puissante n’est pas la violence mais la discussion » disait Nelson Mandela.

Fait à Bruxelles, le 06/04/2016

Joseph MATATA, Coordinateur du CLIIR